13 mai 2007
Kashgar, la defigurée...
Kashgar, 13-05-07
Nous reprenons la route tôt demain matin pour la frontière du Kirghizistan avec son fameux Tourougart Pass. J’en profite donc pour vous envoyer un dernier petit message, ne sachant pas trop ce que nous allons trouver de l’autre coté de la frontière en matière de connexion internet.
La traversée de ces cols à chaque frontière nous font prendre conscience combien il devait être difficile de les traverser, il y a encore peu de temps. Et pourtant, nombre d’entre eux étaient largement empreintés du temps des routes de la soie.
Nous voila donc à Kashgar, dont le seul nom évoque la magie de la route de la Soie….Et pourtant, quel massacre !!! Je réalise la chance extraordinaire que j’ai eu de pouvoir découvrir cette ville en 1988, avant que le rouleau compresseur chinois ne fasse son travail. J’en ai le souffle coupé quand nous entrons dans Kashgar. Ces immenses avenues bordées d’horribles bâtiments carrelés, ces larges panneaux publicitaires luminescents, cette circulation automobile avec ces taxis verts clinquants, mais surtout cette foule de chinois (Hans) submergeant les communautés locales (Ouighours, Tadjiks, Kirghiz, Ouzbeks)
Des enfants de Kashgar
Quand je repense à l’ancien consulat anglais transformé en hôtel (le Chini Bagh Hôtel) avec ses vieux bâtiments décrépits mais plein de charme (avec qq. autres routards, nous avions même remis la main sur les archives de l’ancienne bibliothèque du consulat, restées intactes depuis le départ des anglais…). Tous les matins, nous empruntions un petit chemin de terre battue pour aller prendre notre bol de yogourt nappé de miel dans un bouiboui local. Le dimanche, il suffisait de sortir sur la route principale pour se laisser emporter par le flot de la foule se dirigeant vers l’extraordinaire marché ou se retrouvaient milliers de marchants à bestiaux et commerçants.
Aujourd’hui, au Chini Bagh hôtel, des horribles tours ont remplacé les anciens bâtiments du consulat. Le petit chemin de terre a laissé la place à une double voie bordée de magasins pour touristes, le bouiboui local est maintenant un restaurant très branché, un immense bâtiment sans charme abrite le marché du Dimanche,…. Ah, nostalgie, nostalgie,….
Seul le marché aux bestiaux, à l’écart de la ville, a gardé une partie de son charme. Ici, une fabuleuse mosaïque d’ethnies se rassemble chaque semaine dans une sorte d’immense corral, ou se retrouvent moutons, chèvres, vaches et chevaux. On palpe, on tâte, on pèse, on sous-pèse, on discute, on négocie, on marchande….Malgré les touristes très nombreux, nous prenons tout de même un vrai plaisir à observer ce spectacle qui semble immuable depuis des siècles…
Avec Ferran, nous installons notre bivouac dans l’immense cour du Seman hôtel. Nous y sommes rejoints le lendemain par les Bodineau et le couple Néerlandais qui ont traversé la frontière un jour après nous. A nouveau les enfants sont heureux de pouvoir jouer avec leurs copains et les parents de pouvoir passer de bonnes soirées à refaire le monde. En bons franchouillards, les élections présidentielles françaises font l’objet de soirées animées !!
Chan, un américain d’origine chinoise (il est né à Taiwan) nous fait découvrir un petit restau Ouighour extra qui devient très rapidement notre cantine attitrée. Autant nous étions restés très prudents jusqu’à présent sur les restaus, autant ici, nous en profitons largement. C’est délicieux, sain et très bon marché…C’est toujours un véritable amusement de se balader parmi les autres tables pour identifier les plats que nous souhaitons prendre. Nous testons également le petit dej sur le trottoir : beignés, dumplings, omelettes au fines herbes, lait de soja,…on est loin de la tartine beurrée à la confiture !!
Chan m’aide également à trouver un garagiste chez qui je peux faire réparer le cardan de transmission avant. J’en profite également pour faire réparer le marche pied arrière qui a servi à plusieurs reprises de pare-chocs arrière !! Par contre, toujours impossible de faire équilibrer les roues avant. Cela attendra le Kirghizistan.
La Chine est le premier pays de notre périple ou nous expérimentons une réelle difficulté de communication avec la population locale. Souvent, nous avons rencontré des personnes ne sachant pas parler un mot d’anglais mais il a toujours été possible d’exprimer qq. idées à l’aide des dix doigts de la main. Ici, nous sentons vraiment que nous ne sommes pas formatés de la même manière et nous restons souvent bredouille malgré toutes nos mimiques pour tenter de nous faire comprendre.
Autre sujet « d’incompréhension », le sans-gêne des chinois qui montent sans préavis dans Obelix pour se payer une petite visite gratuite (rien à voir avec les indiens qui témoignaient également d’une curiosité aigue). L’autre jour, c’est tout juste si un chinois n’a pas ouvert la porte de toilettes alors que Thibaud y était…Faut pas pousser, tout de même !!
Samedi soir, nous partons avec les Bodineau faire qq grosses courses au supermarché. Les femmes partent avec les enfants vers les rayons nourriture. Avec Benoît et Thibaud, nous essayons de trouver des CD vierges. Aucun employé ne parle anglais et nous finissons par essayer de nous faire comprendre en mimant le « CD vierge ». Difficile de vous décrire la scène mais tout le monde était plié en 2 !! N’empêche que ça a marché !!
Ne voyant toujours pas nos femmes revenir, nous décidons, pour nous marrer, de lancer un avis de recherche au micro du supermarché. Il faut imaginer Benoît en plein délire au micro, les chinois levant ostensiblement la tête au son de cette langue inconnue… Nos femmes ont également bien rigolé à l’autre bout du magasin… J’immortalise toute la scène sur la camera vidéo. Malheureusement une fausse manœuvre me fera la perdre qq. minutes plus tard. Dommage.
En sortant, nous tombons sur un spectacle incroyable. Sur la place du centre commercial, des dizaines de couples chinois dansent une sorte de valse au son d’une musique nasillarde diffusée par haut parleur. De l’autre coté de la place, des centaines de femmes font de la gymnastique rythmique au son de la même musique. Les pauvres Ouighours regardent ce spectacle avec le même étonnement que nous...
Les Bodineau nous quittent le Mardi 8 pour le Kirghizistan. Peut être les recroiserons nous sur la route…Dans l’attente de notre propre départ pour le Kirghizistan, nous décidons d’aller faire un tour du coté de la frontière avec la province du Tibet. Je voulais entre autre essayer d’atteindre la route traversant la partie contestée entre l’Inde et la Chine. Une sorte d’avant goût du Tibet sans être encore au Tibet. Malheureusement, la chance n’est pas avec nous : une tempête de sable se lève le jour du départ et empêche toute visibilité. Un vrai brouillard Londonien !! Apres 2 jours de route dans une poussière irrespirable, nous rentrons sur Kashgar. Nous sommes déçus de constater que même les petites bourgades que nous traversons sont toutes défigurées. Le rouleau compresseur chinois est également passé par là…
Cet après-midi, à notre grande surprise, la tele du Xinjiang nous demande un interview.…Ce soir, on va parler des Duduch dans les yourtes ouighours !!
Voila, demain matin à l’aube, notre guide chinois viendra nous chercher (inch allah !!) pour nous accompagner jusqu’à la frontière chinoise du Tourougart Pass. Nous quittons le désert du Taklamakan pour les vertes montagnes du Kirghizistan. Le rêve continue…
A plus.
Commentaires
le Kirghizistan
Coucou les Duduch,
alors, êtes vous déjà arrivés à Osh?
La connexion internet y est correcte si mes souvenirs sont bons...
Et comment s'est passé le passage de frontière de la Torurgart Pass?
Bises,
Mathieu
bravo pour le mime!
accro de vos aventures depuis qques mois ,je suis soufflée du talent d'écrivain de Vincent et de la beauté de vos paysages ...ça donne envie mais je n'en aurai jamais le courage !! comment faites-vous pour rester zen dans ce 6m²? je vois que vous ^étes bons pour le top du jeu de mime !!! bisous à tous et bonne route .isabelle.
Chapeau
Bonjour, je suis un collègue de C Duchateau en Polynésie, et je viens d'avoir le lien de ce blog qu'elle fait circuler sur notre réseau local....
Bravo pour oser faire ce dont tout le monde parle mais que personne n'ose faire !!!
j'ai passé 6 mois dans le sud est asiatique il y a 10 ans mais j'etais seul dans la vie. maintenant que j'ai trois enfants je me vois assez mal accomplir un truc aussi enorme que vous
aussi vais je me contenter de vous suivre à partir de maintenant et je vous souhaite plein de courage et de bonheur dans cette experience magique.
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