Un périple en famille

01 décembre 2007

On ferme !!

Paris, le 1/12/2007

Voila maintenant plus de 4 mois que nous sommes rentrés de notre périple. On a l’impression de vivre encore entre 2 eaux : d’un coté, toujours un peu dans le voyage, la tête pleine d’images, de sons et d’anecdotes. Et de l’autre, la réalité de notre nouveau quotidien qui nous absorbe, nous avale tout cru.

Nous avons posé les valises en région parisienne. J’ai repris un poste au sein de Veolia et parcours une partie de cette belle planète à la recherche de nouveaux contrats. Amusant de repasser quelques mois après sur des terres connues, mais en costard, cravates cette fois-ci !! Les enfants ont intégré sans trop de problème leur classe respective. Une fois passées les premières semaines un peu délicates où il a fallu se remettre au vrai rythme scolaire, tout est maintenant rentré dans l’ordre. Quant à Claire, elle devrait reprendre une formation professionnelle….Bref, la vie normale, quoi !!

Avant de clore définitivement ce petit blog de voyage, nous voulions tout de même remercier un certain nombre de personnes qui nous ont aidées dans la réalisation de ce projet un peu fou. Je sais, cela fait peut être un peu ringard, mais le cœur y est vraiment :

-         Tout d’abord, un immense merci à Lionel, notre blog administrateur et à Jean Luc et Marie Jeanne, notre « secrétariat » pendant notre absence.

Sans le premier, vous ne seriez pas venus si nombreux sur le blog (plus de 16 000 connexions !!). Les photos, les cartes,…. c’est lui. Et ceux qui ont expérimenté la mise en place de ce type de blog ou site, savent le temps que cela prend.

Sans les seconds, notre banquier nous aurait certainement viré, les corrigés du « foutu » CNED ne nous auraient jamais retrouvé et Breugny n’aurait pas été aussi accueillant à notre retour  !!

-         Merci également à tout ceux qui nous ont accueilli, étrangers ou locaux, tout au long de notre périple. Cela parait bien banal de l’écrire mais cela nous a permis de vivre des moments extraordinaires, de mieux nous imprégner de la culture et des coutumes locales. Cela nous a permis aussi de nous poser qq. temps. Et il y en avait bien besoin à certains moments. Et enfin accessoirement, cela nous a permis de nous décrasser !!

-         Merci à la famille Bodineau pour ces magnifiques moments passés ensemble et pour cette belle amitié démarrée dans les montagnes du Pamir.

-         Enfin, merci à tous ceux, amis ou simples inconnus, qui nous ont envoyé tant de messages à travers le blog ou par mail. Vos commentaires et encouragements nous ont toujours fait chaud au cœur, surtout dans les moments difficiles.

Apres un tel voyage, on a envie d’embrasser

la Vie

, pour la remercier de nous avoir permis de vivre des moments aussi forts !!

Saluts à tous.

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18 juillet 2007

Home, sweet home...

Breugny, 13-07-07

Allez, la dernière ligne droite de ce petit périple en famille…

Mais revenons à Téhéran où nous nous offrons un petit break le lendemain de notre arrivée, vendredi férié oblige. Cela nous permet de reprendre des forces après ces 48h un peu stressantes.

Chez les Cachera, nous ne pouvons pas arriver au plus mauvais moment. Ils sont en plein déménagement. Fred(e) prend l’avion dans la nuit de samedi à dimanche et Fred assurera seul le déménagement prévu pour lundi et mardi. La maison est sans dessus dessous, la tension est palpable (c’est comme chez les Duduch, les moments de départ ou de déménagement sont toujours un peu chaud, parait-il…)

Et malgré tout cela, l’accueil est ici toujours aussi fabuleux. Ils poussent même le bouchon à organiser un petit goûter avec tous ceux que nous avions rencontrés lors de notre premier passage, en octobre dernier. Merci les amis, car vous nous avez vraiment sorti la tête hors de l’eau.

Samedi matin, requinqué et plein d’énergie, je me pointe à l’atelier Renault Trucks, dans la banlieue ouest de Téhéran. Tout de suite, je suis rassuré. Ici, on ne joue pas dans la même division qu’à Meshed. Avec Mansour qui gère mon « dossier», on parle le même langage technique. Malheureusement, le garage est submergé de travail et les gars ne sont pas très disponibles. Pour la transmission, je me rends chez un spécialiste (je ne savais pas qu’on pouvais ne faire que cela !!) Le verdict est claire : tout doit être refait (et pour le quart du prix) Les gars de Meshed se sont clairement foutus de moi. Je prends le temps d’appeler Hassan à Meshed pour le prévenir que son « gearbox manager » n’est pas très honnête. Je reçois une fin de non recevoir…Je suis déçu par son attitude, surtout de la part d’un iranien.

Le lendemain, une fois le montage de la nouvelle transmission réalisée dans les ateliers de Renault Trucks, je traverse tout Téhéran pour aller le faire valider par le spécialiste (dont l’atelier est situé au sud-est de Téhéran).Il n’est pas content et insiste pour refaire le montage à sa manière. Va pour un nouveau montage. Sauf que je m’aperçois rapidement que mon spécialiste est certainement très compétent dans le réalisation des transmissions mais totalement bricolo dans le montage de ce type de pièce. Bref, je rentre le soir chez les Cachera (au plein nord de Téhéran, après 2h30 d’embouteillage) fourbu, furieux et avec la conviction qu’il faut tout reprendre le lendemain…

Je sens chez Renault Trucks que je commence à devenir la patate chaude dont on veut se débarrasser au plus vite. Le premier atelier ne peut plus m’accueillir vu son plan de charge. On m’envoie donc dans au centre de formation. Là, il y a bien une fosse mais point d’outillage (ou très peu) et surtout point de meccano. Je n’ai pas le choix : il va falloir que je me débrouille tout seul. Heureusement, qq. ateliers à proximité me passent un coup de main pour des travaux de fraisage et de soudure et vers 18h, je reprends le volant avec le sentiment cette fois-ci de ne pouvoir m’en prendre qu’à moi-meme si Obelix tombe à nouveau en panne.

Avant de reprendre la route et d’arriver en Turquie, nous souhaitons faire le plein en diesel. Mais cette fois-ci, pas un simple plein. Un vrai gros plein, avec des jerricans plein les malles. Il faut dire que l’enjeu n’est pas négligeable quand on sait que le litre de diesel est à 1,4 euros en Turquie alors qu’il n’est qu’à 0,0165 euro en Iran. L’importation est interdite par les Turques et les confiscations de jerricans sont fréquentes mais le risque vaut le coup d’être pris.

De plus, lors de notre arrivée à Téhéran, nous avons malheureusement constaté que nos malles n’étant pas étanches, pas mal de choses étaient en train de moisir là haut. Du coup, Claire procède à un tri/nettoyage de toutes nos affaires qui, couplé aux qq. cartons d’affaires que nous réussissons à glisser dans le déménagement des Fred et Fred, va nous libérer trois malles à l’avant. Potentiellement, nous pouvons embarquer 450l de diesel. Potentiellement seulement car nous sommes en Iran, l’un des plus important producteur de pétrole mais qui rationne sévèrement la consommation d’essence (maximum 3l/jour). Pour le diesel, la situation est un peu moins contraignante mais seulement 1 station sur 4 dispose de diesel et il faut généralement faire de longues queues avant d’être servi…

Nous quittons donc Téhéran au petit matin, le jeudi 5 juillet. Nous devons quitter l’autoroute afin de pouvoir trouver du diesel. Et encore, nous devons attendre 1h30 qu’un camion citerne arrive pour alimenter les pompes. Le remplissage de jerricans étant interdit, nous devons procéder en 2 temps : d’abord remplir le réservoir à la station puis ensuite, un peu plus loin, le siphonner pour remplir les jerricans. Nous constatons rapidement que ces derniers ne sont malheureusement pas parfaitement étanches. En plus de l’odeur assez désagréable à l’intérieur d’Obelix (il y a même un bidon dans la salle de bain), un liquide gras s’écoule maintenant doucement sur le pare-brise et la carrosserie. Plus discret que ça, tu meurs !!

Vendredi midi, à 40 km de la frontière, nous retrouvons avec un vrai plaisir Reza et son petit restau sur le bord de la route ou nous avions bivouaqué en octobre dernier. Lui aussi nous reconnaît immédiatement et nous nous embrassons comme des frères. Il nous serre le traditionnel XXXX. Les enfants sont autorisés à se gaver de gousses d’ail qui accompagnent ce plat délicieux. Cela couvrira peut être un peu mieux l’odeur de diesel pour le passage de la frontière.

16h : les formalités iraniennes sont expédiés en qq minutes et nous voila prêt pour le passage de la frontière turc. Thibaud a pris soin du coté iranien de passer un dernier coup de chiffon sur le pare brise. Mais rien n’y fait. De nouvelles fuites de diesel dans les malles du dessus provoquent un goûte à goûte fort compromettant. Claire, qui ne raffole pas vraiment de ce genre de situation, est partie se réfugier à l’arrière d’Obelix avec un gros mal de crâne…Les enfants ont été briefés sur le comportement à adopter…Allez, c’est parti…

Le douanier qui nous accueille est sympa. Les enfants sont tout sourire et l’assaillent de « good afternoon », « hello, how are you »….. La visite à l’intérieur d’Obelix se passe bien mais avant de sortir, le douanier ouvre la porte de la salle de bain et voit notre bidon de diesel. J’arrive à le convaincre qu’étant donné les difficulté rencontrées en Iran pour trouver du diesel, je suis obligé de prendre mes précautions….OK mais du coup, il me fait signe de monter sur la galerie pour aller inspecter les malles. Ah là, ça va se gâter. Je joue la montre avec les 2 malles de derrière, pleines à craquer de souvenirs de voyage. Puis nous passons aux 4 malles de devant. Thibaud qui nous accompagne est déjà redescendu en bas pour prévenir Claire que c’est râpé pour le diesel. De mon coté, je brûle ma dernière cartouche en ouvrant d’abord la malle des pièces de rechange, la dernière qui ne contient pas de diesel. Le douanier me fait signe d’ouvrir une nouvelle malle. Là, j’avoue que je pense que les carottes sont cuites…J’enlève le cadenas, je retire la tringle et le gars me demande à ce moment ce que les malles restantes contiennent. « Des affaires de classes et des vêtements » repondis-je. « Ok, no need to open ». Ooooouuuuuuuffff !! En fait, je suis certain que le douanier n’est pas dupe et qu’il a voulu s’amuser un peu pour voir jusqu’où on tiendrait. Le camion pue tellement le diesel que ce n’est pas possible de passer ainsi à coté. Ou alors, c’est de l’incompétence caractérisée !!

Mais ne crions pas victoire. En effet, les Bodineau qui ont passé la frontière qq jours avant nous, nous ont prévenu par mail que le vrai contrôle se situe 2 km plus loin avec un barrage de militaires. Nouveau petit coup de chiffon de Thibaud sur le pare brise…et nous voilà au barrage. Devant nous, un camion transportant des véhicules neufs est passé au peigne fin. Pas l’air commodes les gars !! Arrive notre tour. Je présente les passeports. Les enfants sont à la fenêtre, tout sourire. Un militaire pointe tout de suite les malles sur la galerie. L’affaire ne se présente pas bien. Je dois descendre pour l’inspection du véhicule. Les militaires me font signe d’ouvrir les 2 portes arrière qui donnent sur les couchettes des enfants et tombent sur Claire (toujours allongé avec son mal de crâne) et les 4 enfants qui ont rappliqué fissa à l’arrière, toujours tout sourire. Le militaire éclate de rire et me fait signe de passer. L’affaire est gagnée. Je remonte dans le camion sans demander mon reste. Nous attendons tout de même qq centaines de mètres avant d’éclater tous de joie comme des vrais gamins qui ont réussi leur mauvais coup !!

Le lendemain soir, après une longue journée de route où nous devons passer encore qq barrages de militaires, nous arrivons à Erzincan. Apres avoir fait le plein d’eau dans une station service, nous constatons avec dépit qu’un des cylindres bloc qui retient le moteur, vient de rendre l’âme. Mais cette fois-ci, notre bonne étoile est avec nous. Osman, un turc émigré en région parisienne, vient garer sa voiture juste à coté d’Obelix. « Besoin d’aide ? Pas de problème, mon copain garagiste va vous arranger cela » Je vous fait l’histoire courte : nous arrivons chez le copain à 18h55 au moment de la fermeture et nous en repartirons à 20h avec un radiateur réparé et le cylindre bloc remplacé. Tout le quartier s’y est mis. Une vraie fourmilière autour d’Obelix. Du jamais vu depuis nos 10 mois de voyage.

Nous suivons ensuite Osman pour un petit thé chez lui. En fait, il a déjà prévenu sa femme qui a préparé un repas délicieux et c’est vers 23h30 que nous quittons nos ôtes, épuisés mais émerveillés par cette gentillesse et cet accueil si spontané.

Contrairement à l’aller, nous optons pour la route au lieu du bateau pour rejoindre la France depuis la Turquie. Ce n’est pas vraiment cohérent avec l’état actuel de notre Obelix mais nous sommes en pleine saison estivale et le bateau est sensiblement plus cher que la route.

Je passe sur les longues heures de route qui nous permettent de parcourir les 2000 et qq km qui nous séparent de Breugny. Bulgarie, Serbie, Croatie, Slovénie, Italie,…Près de Venise, pour notre dernier bivouac, nous sortons de l’autoroute et tombons par hasard sur Erico et sa femme Silena qui nous invitent chez eux pour les Pastas !! Du vrai bonheur. Nous refaisons le monde jusque tard dans la nuit. Cela me rappelle le premier bivouac de notre périple, en Italie aussi. Nous y avions rencontré Marcello, un italien adorable qui nous avez fourni de l’eau à son robinet et puis il nous avait raconté ses voyages…La boucle est bouclée. Ensuite, c’est le tunnel du Mont Blanc. Les enfants sont surexcités de retrouver la France. Encore qq heures de route et nous voila dans notre Morvan. Ca chante, ça rigole dans le camion….et enfin le panneau « Breugny » apparaît. Voila, nous sommes chez nous. On a l’impression d’être parti hier…mais avec des visages et des paysages plein les yeux

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13 juillet 2007

Allo maman (gros) bobos (details)

Teheran, 04-07-07

Bon, je vous préviens, ce message sera essentiellement tourné vers nos « petits ennuis » mécaniques. Pas de description de ces merveilles architecturales de Samarkand ou de Boukhara, pas de paysages somptueux, pas de marché coloré et parfumé, pas de rencontre insolites,….Notre quotidien, depuis le 2 juin n’est fait que de rebondissements en rebondissements, tous liés à des pb mécaniques sur Obelix.

Donc pour ceux que ce genre de récit (un peu long, en plus) ennuierait, mieux vaut ne pas aller plus loin. Pour moi, par contre, c’est thérapeutique.

A Os, toujours au Kirghizistan, nous faisons la rencontre de Dina, ex du CBT (sorte d’office du tourisme local) qui se met en quatre pour nous trouver un bon garagiste. Les Bodineau doivent changer 3 lames cassées sur leur Mercedes. Quant à Obelix, l’équilibrage des roues avant doit être à nouveau revu. Malheureusement, le garagiste s’averra incompétent et le déséquilibre sera pire qu’avant.

Peut être est-ce nos soucis mécaniques qui nous font moyennement apprécier cette ville, ou bien cette concentration tout de même étonnante d’Audi, Mercedes, BMW et autres voitures de luxe dans un pays si pauvres, ou encore ces multiples barrages de flics qu’on s’empresse de brûler (14 barrages brûlés au total au Kirghizistan qui représentent tout de même à chaque fois un moment de stress non négligeable), bref, nous avons envie de traverser rapidement la frontière pour passer à autre chose.

Malheureusement, le matin du départ, je dois réparer une nième fuite sur le radiateur (attention, si vous commencez à en avoir assez des incidents mécaniques, il va en avoir une longue série dans ce message…) Mais surtout, un nouveau « clac » inquiétant se fait entendre à l’occasion de chaque démarrage dans la chaîne de transmission. Décidemment, Obelix va mal. Mais étant donné notre manque de confiance sur la compétence des garagistes Kirghiz, nous décidons de filer au plus vite vers Tachkent, en Ouzbékistan.

La traversée de la frontière se fait sans problème. Nous roulons à peine qq km dans la Fergana Vallée (qui a été le théâtre, il y a qq années d’un soulèvement politico-religieux sévèrement réprimé par le pouvoir) pour ressentir très rapidement un changement radical par rapport au Kirghizistan : les gens sourient, nous saluent d’un grand signe de la main !! Malgré le brassage des populations entre ces 2 pays (la région de Osh au Kirghizistan est même majoritairement peuplée d’Ouzbek), nous sommes très impressionnés par cette différence flagrante de comportement. La Fergana vallée a la réputation d’être très accueillante mais tout de même… 

Le soir, à la recherche d’un bivouac, nous rencontrons Mokhtar qui nous accueille chaleureusement sur son terrain vierge. Nous sommes installés en léger surplomb par rapport à la vallée et la vue au couchée de soleil est superbe. Mokhart reviendra nous voir à 2 reprises dans la soirée. Une 1ere fois pour nous amener un énorme panier de cerises et d’abricots. Une 2eme fois vers 11h, alors que nous étions en train de siroter un petit thé au clair de lune, pour nous prévenir de ne pas coucher dehors. Le coin est en effet infesté de cobras et de scorpions….C’est marrant, tout le monde, ce soir-là, a vachement apprécié son lit !!

Le lendemain matin, nous quittons les Bodineau qui vont visiter le marché de Margilon, dans le sud. Pour nous, l’heure n’est plus au tourisme. La transmission claque de plus en plus. Je n’ai pas réussi à localiser précisément le bruit : boite de transfert, différentiel, cardans de transmission,… ?

Sur la route, notre moyenne est sensiblement ralentie par les nombreux check points de la police. Mais à la différence du Kirghizistan, plus question de brûler ces barrages constitués ici de plots en béton. Par contre, fini le racket systématique. Lorsque les policiers voient notre plaque d’immatriculation, un grand sourire illumine leur visage….

A mi journée, nous attaquons l’ascension du col Kamcit, 2267m d’altitude, un goulot d’étranglement coincé entre le Tadjikistan et le Kirghizistan et qui relie la Fergana Vallée au reste du pays. A 18 km du col, Obelix n’en peut plus. La transmission claque trop. Nous allons tout casser si nous continuons.

Nous sommes à 200km de Tachkent. Le moral est…très très bas. Notre 1ere difficulté est de trouver un engin qui puisse amener Obelix jusqu’à Tachkent. Nous décidons donc de revenir en arrière, en roue libre, jusqu’au dernier check point pour avoir l’aide des policiers. Nous y rencontrons XXXX, un jeune policier extrêmement gentil et serviable. Ne connaissant que qq mots d’anglais, il appelle à plusieurs reprises au téléphone sa fiancée pour les problèmes de traduction. Il faut le souligner, dans tous les malheurs qui vont suivrent, nous allons rencontrer des gens merveilleux qui vont se mettre en 4 pour nous aider. C’est aussi cela, le voyage….

XXX, un chauffeur de poids lourds me propose de me tracter mais il ne dispose pas de barre de traction. Je décide néanmoins de partir seul avec lui pour tenter ma chance à Angreen, la première ville située à 80 km. Dans le camion, j’avoue que le moral ne va pas fort. Des milliers de questions m’assomment la tête : comment vais-je trouver une remorqueuse pour la taille d’Obelix ? Vais-je trouver un véhicule pour revenir dans la nuit au camion ? Dois je prévenir Santiago et Marianne (des voyageurs actuellement à Tachkent) pour qu’ils viennent chercher Claire et les enfants ?......

Angreen est une ville minière sinistrée (le cratère à ciel ouvert de la mine de charbon  est vraiment très impressionnant) Tout est glauque, sale, cassé, abandonné. Les barres d’HLM se succèdent les unes après les autres. Une bonne partie des fenêtres est cassée ou obturée avec des plastiques. Les dalles de béton des balcons sont éventrées ou pendent contre la façade, retenues par qq ferraillages. Les espaces verts sont tous à l’état d’abandon. Les routes sont défoncées. Comme au Kirghizistan, d’horribles canalisations rouillées, suspendues à 4/5m de hauteur défigurent encore un peu plus la ville pour amener le gaz naturel dans chaque immeuble. Un grand nbr de bâtiments publics sont à l’abandon complet… On se demande comment psychologiquement, l’Homme peut tenir le coup dans un environnement pareil. C’est là qu’on mesure la chance que nous avons de pouvoir vivre dans un si beau pays qu’est la France !!

A Angreen, après qq contacts infructueux, XXXX qui ne m’a pas abandonné, tombe sur Tora, et son « engin » qui a du sortir des chaînes de montage Kamaz dans les années 50 ou 60 au plus tard. Je ne suis convaincu ni par le bonhomme, ni par l’engin (qui est tout de même sensé me tirer jusqu’au col) mais je ne vais pas commencer à faire la fine bouche. Il se fait tard et Claire doit commencer à s’inquiéter. Pour me rassurer encore un peu plus, XXX au moment de me quitter, me recommande fortement de ne pas montrer mon argent et me donne son No de tel au cas où….. 

Alors que Tora nous avait affirmé disposer d’une barre de traction, c’est seulement après avoir conclu sur le prix qu’il se met en quête de cet équipement indispensable. Encore une heure perdue à naviguer à travers cette horrible ville…

22h30 : je retrouve enfin Claire et les enfants. XXX a pris soin d’eux toute l’après midi et les a même invité à dîner. Il y a également YYYYY, un ami de Tora qui passait par là et que Tora a prévenu par téléphone. A peine arrivés, nous reprenons la route pour tracter Obelix dans un 1er temps jusqu’à Angreen. Les enfants dorment à l’arrière. La montée vers le col se passe bien. Mais dans la descente, vers 1h du matin, alors que nous ne sommes qu’à 2 ou 3 km de Angreen, nouvelle avarie : le berceau qui soutient le moteur, lâche et le moteur s’affaisse. En fait, c’est la soudure que j’avais déjà réalisée en Turquie qui a lâché. Bizarrement, le coup n’est pas si dur à supporter. La coupe est déjà tellement pleine, une goutte de plus ou de moins….Et puis, le berceau, je vois comment le réparer…

A vitesse extrêmement réduite, YYYY nous emmène devant chez lui pour la nuit. A 2h du matin, au moment de nous coucher, il me propose un « thé » entre hommes chez lui…Je sais que ce genre d’invitation risque fort de se terminer autour d’une bouteille de Vodka. Malgré l’état d’épuisement total dans lequel je me trouve, j’accepte, peut être pour oublier…Et cette nuit, moi qui ais toujours détesté la Vodka…..j’ai particulièrement bien aimé leurs cul secs accompagnés de crudités tomates/concombres !!

Le lendemain matin, pas vraiment frais, la tête dans les talons, mes nouveaux anges gardiens et moi parcourons Angreen (encore plus déprimante lorsque vous avez un peu abusé sur la Vodka la veille) à la recherche d’un soudeur. Le pauvre berceau est vraiment dans un sale état. Une vraie opération à cœur ouvert…

14h : tout le monde en voiture pour le 2eme tronçon de 110 km entre Angreen et Tachkent. Heureusement, la route est bonne et les qq pointes de vitesse à 60/70km, le nez collé derrière le camion de Tora, nous permettent d’arriver avant 18h à Tachkent. Les camions étant interdits à l’intérieur du centre ville, c’est seul et sans filet que nous traversons Tachkent. Chaque démarrage aux feux rouges, chaque légère petite cote est une torture pour Obelix. Enfin, nous arrivons soulagé dans un parc public, lieu de RDV convenu avec les Bodineau. Maintenant, il va falloir réparer Obelix.

Ma bonne étoile étant toujours avec moi, le soir même de notre arrivée, je réceptionne en copie un mail de Georges d’Islamabad adressée à Larissa, une amie Ouzbek travaillant à l’ambassade de France à Tachkent. Georges nous avait prévenu : Larissa sera la clé de voûte de tous vos contacts en Ouzbékistan. Et quelle clé !!

Grâce à elle, je suis mis en contact dés le lendemain matin avec Victor, un garagiste russe qui malheureusement ne parle pas un mot d’anglais mais qui est aussi fort que moi au jeu des marionnettes. Il faudra tout de même qq appels téléphoniques à Larissa pour décoincer des pb de traduction. Le courant passe bien entre nous deux.

Le garage étant situé à l’extérieur de la ville, dans un ancien centre désaffecté de réparation pour poids lourds, Victor propose dans un 1er temps de déposer toute la marmaille chez lui. Vous en connaissez beaucoup de garagistes en France qui vous font la prestation « entretainments » en même temps que la réparation du véhicule !!

Dans l’après midi, Obelix passe sur le billard. Un 1er diagnostic identifie clairement la boite de transfert comme étant la source de nos pb. C’est la pire des options que j’avais cent fois retourner dans ma tête : Si c’est le différentiel ou la transmission arrière, on peut terminer le voyage en traction avant ; si c’est le boite de vitesse, on pourra bien trouver dans une casse une vieille boite Renault avec des pignons identiques….Par contre, si c’est la boite de transfert, elle est spécifique à PVI, le fabricant français qui a modifié le B90 en 4X4 et là, les pièces seront impossible à trouver à Tachkent (pour les non spécialistes dont je faisais encore partie il y a qq mois, la boite de transfert sert au passage entre les modes 2X4 et 4X4)

La boite est rapidement démontée. Malheureusement, rien d’évident ne nous saute aux yeux. Un pignon semble bien présenter qq points d’usure…Nous décidons d’en faire usiner un nouveau. Deux jours d’attente sont nécessaires.

J’en profite également (cela se révélera être une erreur qui nous coûtera cher en temps) pour refaire un berceau complet. Je n’ai plus très confiance dans « l’original » qui est tellement rafistolé de toute part.

En parallèle à la gestion des pb de mécanique, Larissa nous degotte également un appartement où nous pourrons loger pendant la période des travaux. Gros soulagement pour nous car les hôtels sont hors de prix ici. L’appartement, un petit 2 pièces (équivalent tout de même à 10 fois la surface d’Obelix !!) est situé juste à coté de la maison de Larissa.

Le mercredi, nous passons une partie de la journée au Centre Culturel Français où en fin d’après midi, nous retrouvons les Bodineau. Cela fait du bien de pouvoir partager sur tous nos questionnements. D’autant plus que je ne suis pas du tout convaincu par le diagnostic retenu sur la boite.

Jeudi, après un enregistrement de toute la famille à l’ambassade de France, histoire de nous faciliter un peu les choses si la police ou les douanes Ouzbek nous cherchent des noises, nous passons une bonne partie de l’après midi à l’ambassade du Turkménistan pour nos visas. Nos dernières démarches de visas de notre voyage !!! (nous avons déjà nos visas iraniens) Visiblement les lettres d’introduction obtenues à partir de l’ambassade du Turkménistan à Islamabad n’ont aucun effet. Il faut recommencer à zéro la démarche à Tachkent….05RE80872, établi le 23/11/2005, expirant le 22/11/2015 ; 04RE54165, établi le…….

Vendredi, les Bodineau partent pour Samarcande. Pour nous, l’attente devient difficile à supporter. D’abord parce qu’elle est plus longue que prévue (le nouveau berceau n’est toujours pas fini et sans lui, nous ne pouvons tester la boite) et puis surtout parce que les chances de réussite sur la boite me semblent tellement faible. Le moral est plus que moyen…. Heureusement, Claire tient bien le choc. Et puis, il y a Larissa qui, toujours adorable, nous invite régulièrement à prendre un thé le soir chez elle et essaie de nous remonter le moral tant bien que mal.

Samedi, toujours rien…J’arrive même à énerver Victor devant mon impatience.

Dimanche, sur les propositions de Santiago et Marianne, 2 voyageurs en combi WV qui font un petit break à Tachkent pour remplir un peu leur porte monnaie, nous assistons à un ballet à l’Opéra de Tachkent. Les enfants sont tout excités et Valentine restera les yeux écarquillés durant les 2 heures de spectacle devant ces danseuses en tutu….Un vrai compte de fée !!

Lundi, jour de vérité….Je retrouve Victor vers 11h qui visiblement a d’autres chats à fouetter que notre Obelix. Il reste encore une soudure à réaliser sur le berceau et c’est seulement vers 15h que nous terminons la pièce. Je boue d’impatience….Enfin, je peux démarrer le moteur. Je passe la marche arrière pour sortir Obelix de la fosse. Immédiatement, un nouveau claque se fait immédiatement entendre…J’enrage de colère. Une semaine de perdue pour rien. Il faut tout reprendre à zéro.

Je fais noter à Victor que depuis qq. semaines, je ne peux plus faire fonctionner le rapport de petite vitesse. Nous redemontons la partie réduction de la boite. On essaie un nouveau montage. Nouveau test, nouvel échec,….A chaque fois, il faut que je remotive Victor pour qu’il accepte de lâcher un autre chantier et vienne s’occuper du cas d’Obelix. Vers 22h30, complètement épuisé par cette journée faite de rebondissements, de temps d’attente,….nous trouvons une nouvelle idée : retirons toute la mécanique de la partie réduction et rendons solidaire les 2 arbres grâce à la confection d’une couronne qui viendra coiffer 2 pignons (attention, cela devient très technique !!) Au revoir temporairement le petit rapport de vitesse. De toutes les manières, vu le temps qu’il nous reste pour parcourir les 10 000 km jusqu’à Breugny, c’est de la grande vitesse dont nous avons besoin !! 23h : je retrouve enfin Claire et les enfants (endormis) dans notre petit appart : Obelix n’est pas réparé mais l’espoir est réel…..

Claire me raconte sa journée. Elle a emmené les enfants à l’école française et y a rencontré Didier Chartres, son sympathique directeur et sa femme, Claire Lyse. Accueil très sympa des écoliers et des enseignants. Nos enfants se fondent immédiatement dans leur classe respective. Mais surtout accueil extra des Chartres. C’est bien grâce à toutes ces rencontres que nous tenons le cap.

Mardi matin, grâce à Santiago qui m’explique comment fonctionne Scype (il était temps, nous arrivons presque au terme de notre voyage…) je passe 2 bonnes heures au téléphone avec le service assistance de PVI pour vérifier la faisabilité technique de notre nouvelle proposition de réparation. D’après eux, cela devrait marcher….

Claire et les enfants retournent à l’école toute la journée et le soir, nous dînons chez les Chartes. Le voyage est aussi fait de ces moments tellement bons…

Mercredi matin, je tente via Larissa un appel à Victor pour savoir où en est la confection de la couronne. Nouveau retard. La pièce ne sera prête que le soir vers 18h...A 18h, nouvel appel via Larissa : ce sera finalement pour demain matin. Cette attente et ces reports à répétition sont vraiment épuisants….

Jeudi, la pièce n’arrive finalement qu’à 13h. Alors que Victor m’avait prédit un remontage en moins d’une heure, celui-ci prend 3 bonnes heures. J’avais même commencé à organiser des activités dans Tachkent l’après midi avec Obelix…16h, le dernier écrou de la boite de transfert est serré, je mets le contact, le moteur démarre, j’enclenche la marche arrière et ….le même claque résonne à nouveau comme un grand coup sec !! J’enrage, je peste, mais surtout la question cruciale me vient immédiatement à l’esprit : quoi faire maintenant ? Quelle option technique avons-nous pour solutionner le pb.

Victor, piqué au vif, se concentre maintenant à 100% sur le cas d’Obelix. Une fois la boite à nouveau démontée, le diagnostic nous saute aux yeux : c’est la chaîne de transmission qui s’est distendue et qui saute autour des pignons. Pas question pour lui de faire venir une nouvelle chaîne de France. Trop cher et trop de délais. Sur une feuille de papier, il esquisse alors un système de tendeur. 100 000 km garantis !! Toutes les Lada en sont équipées….Alors va pour le tendeur !! J’aime bien aussi sa manière d’impliquer ses collaborateurs dans la réflexion pour trouver une solution.

Pour célébrer notre nouvelle option technique, Victor me propose de célébrer cela à la Vodka (le signe est une pichnette de l’index sur la gorge) Pas vraiment chaud le Duch pour la teuf (surtout que nous sommes invités à dîner ce soir chez les Chartres) mais je sens mon Victor tellement enthousiaste sur le coup du tendeur, que je ne me sens pas de lui dire non. Alors va pour la Vodka…19h00, Victor envoie Akron faire « les courses » et qq. minutes plus tard, nous nous mettons à table autour de qq. bouteilles accompagnées de tomates/concombres. Bon, je vous fais l’histoire courte (car les souvenirs sont un peu troubles….) : nous avons tout de même enfilé 1 litre de Vodka à trois. Vers 21h30, Victor me propose de poursuivre la soirée par une partie de billard (il y avait vraiment beaucoup de boules sur la table !!!) J’appelle Claire pour l’informer que je serai légèrement en retard…En fait, j’arrive vers 23h00 chez les Chartres…au moment où tout le monde part…

Le lendemain, pas vraiment frais, nous passons la majeure partie de la journée à mettre en place le tendeur. Au départ, j’avoue que je n’y crois pas vraiment  mais au fur et à mesure du montage, l’espoir revient. Vers 19h, je mets le contact, le moteur démarre, j’enclenche la marche arrière et ….ça roule !!! Nous sautons tous de joie, Victor le premier. Notre excitation est immédiatement atténuée par le voyant lumineux de la batterie qui reste anormalement allumé au tableau de bord. Je presse Victor pour solutionner le pb rapidement car ce soir, les Duch sont invités chez le 1er secrétaire de l’Ambassade de France, s’il vous plait. Décidemment, moi qui ai toujours détesté être en retard….L’alternateur est immédiatement démonté. Les charbons montrent qq. signes d’usure. Victor se déclare incompétent dans la matière mais pas de problème, je file en ville avec Akron pour les faire remplacer chez un spécialiste (c’est aussi cela aussi le miracle asiatique)

21h : l’alternateur est réparé et remonté. Je redémarre le moteur. Le voyant est toujours allumé….Je n’ai toujours pas contacté Claire depuis ce matin 8h. Il est temps d’arrêter les frais et nous convenons avec Victor de reprendre les travaux demain à 8h. Dommage, je voulais tant faire la surprise à Claire et aux enfants en arrivant avec Obelix…Je suis extenué par cette journée à rebondissements mais je dois maintenant traverser Tachkent en taxi pour retrouver la petite famille chez les XXXXX, qui visiblement ne me tiennent pas trop rigueur pour mon retard. Merci.

Samedi matin, Victor et moi tournons dans Tachkent pendant 2 heures à la recherche d’un électricien. Une denrée rare ici d’après Victor. Enfin, vers 11h, un grand sec à la gueule pas très éclairée se pointe au garage. Le diagnostic est rapidement établi : un simple câble déconnecté. Obelix est enfin prêt à reprendre du service !! Alléluia !!

Un rapide décrassage extérieur à la station de lavage locale et me voila chez les Chartres vers 14h pour cueillir toute la famille. Nous piquons tous une dernière tête dans la piscine et nous voila partis vers 17h pour Samarkand. J’ai l’impression d’un nouveau départ de voyage !!

Suite aux nombreux échanges de mail avec les Bodineau avec qui nous avons prévu de traverser le Turkménistan (pays semble-t-il pas très facile sur le plan des tracasseries administratives  et policières), notre programme a du être fortement réaménagé. La période de validité du visa iranien expirant le 25 juin, il nous faut sortir au plus tard d’Ouzbékistan le 21 juin et traverser en 3 jours le Turkménistan. Des 12/13 jours prévus pour tranquillement découvrir Samarkand et Boukhara (les 2 villes mythiques qui nous font rêver Claire et moi, depuis tant d’années), il ne nous en reste maintenant que 4. Nous décidons donc de consacrer le maximum de temps sur Boukhara. Too bad pour Samarkand que nous devrons visiter en moins d’un jour.

Sur les 5 heures de route qui nous séparent de Samarkand, nous n’en parcourons que 3 le samedi. Heureusement, Obelix marche bien. Pas un seul « clac » dans la transmission. Le soir, nous dormons tous comme des bienheureux.

Le lendemain, afin de pouvoir profiter au maximum des merveilles de cette ville, nous levons le camp à 6 heures du matin. Mais à qq km de Samarkand, au passage d’un nième barrage de policier, c’est de nouveau la stupeur et la consternation : un « clac » se fait de nouveau entendre. Là, le moral en prend un sacré coup….Des centaines de questions nous martèlent la tête. Arriverons nous un jour à rejoindre Breugny tous ensemble, famille et machine ?

La visite de Samarkand, bien qu’exceptionnelle, a maintenant un autre goût. Nous avons clairement l’esprit concentré sur nos problèmes mécaniques et non plus sur les splendeurs de cette ville. Le voyage est passé soudainement d’un « périple à la découverte des paysages et visages d’Asie central » à un raid dont le quasi seul objectif est de ramener le camion à la maison.

En fin d’après midi, sur la route de Boukhara, Obelix claque encore 2 ou 3 fois. Chaque démarrage, chaque accélération est une véritable torture psychologique pour nous tous: claquera ou claquera pas ? Le stress est terrible à supporter, surtout pour Claire et les enfants qui ne conduisent pas. A Boukhara, nous retrouvons les Bodineau avec un moral dans les talons. Heureusement, l’optimisme de Benoît nous redonne qq force. Pendant leur long séjour à Boukhara, ils en ont profité pour faire qq. travaux de maintenance et connaissent donc déjà qq. meca que nous pourrons aller voir des demain matin. Il ne faut pas traîner, nous disposons de 72h maximum pour réaliser les travaux.

Lundi matin, nous partons Benoît et moi à la recherche d’un garagiste compétent. Comme pour chaque intervention sur Obelix, l’identification d’un bon mécanicien reste la principale difficulté. Les bricolos, pas de pb, il y en a à chaque coin de rue. Mais le bon mécanicien, qui sent bien les choses, qui dispose d’un minimum de matériel et qui, cerise sur le gâteau, parle anglais, celui-là ne coure pas les rues…

Benoît a en fait déjà réalisé cette recherche sur Boukhara pour changer, 4 jours plus tôt, son pont arrière et nous nous dirigeons donc directement chez Sacha. La boite est démontée dans un temps record (je commence à avoir l’habitude). Le verdict est clair : le tendeur ne tend pas assez. Un bricolage maison fera l’affaire. La chaleur est accablante. Un vent sec et brûlant vient sécher la transpiration sur la peau…

Vers 15h, la boite est remontée, la transmission raccordée. Obelix peut reprendre du service. Nous retrouvons les familles, rassurées.

Le soir même, Benoît doit prendre le train pour Tachkent pour aller chercher les visas Turkmènes. Nous lui confions également nos passeports. Sympa car cela me permet de gagner une 2eme journée pour visiter tout de même cette fabuleuse ville de Boukhara.

Dés le milieu de la matinée, la température est si élevée (nous enregistrons 61°C au soleil ; 45°C à l’ombre mais avec heureusement 6% d’humidité) que nous décidons le lendemain de nous lever dés 5h30 du matin pour aller nous laisser perdre dans la vieille ville. La lumière est également nettement plus belle qu’en pleine journée.

A part qq. groupes de touristes en voyage organisés (principalement français d’ailleurs) il n’y a pas foule ici. Nous sommes même un peu déçus pas le coté « sans vie » de tous ces monuments.

De retour de notre ballade, nous avons la surprise de retrouver les Descubes, une autre famille française que nous avions déjà croisée en Iran et dans le sud de l’Inde. N’ayant pas réussi à conclure dans des délais raisonnables avec une agence pour passer en Chine, ils viennent de traverser en express l’Afghanistan en 2 jours depuis le Pakistan.

Déjà, les 2 jours précédents, 2 fourgons hollandais s’étaient garés à coté de nous. Le petit parking ombragé en plein centre de Boukhara commence à prendre des airs de haut lieu de rassemblement pour overlanders…

Jeudi 21, nous reprenons la route toujours avec les Bodineau avec pour objectifs de passer la frontière Turkmène. Depuis plusieurs mois, nous entendons  ou lisons de nombreuses histoires sur cette frontière, toutes plus extravagantes les unes que les autres. Nous allons maintenant pouvoir en juger par nous-meme. Et nous ne sommes pas déçus !!

Le Turkménistan est un pays difficile à visiter. Les visas de transit permettent d’entrer dans ce pays sans être accompagné par une agence officielle. La route définie à l’entrée doit être rigoureusement suivie, sous peine de forte amende. Nous prévoyons de traverser le pays en 4 jours, en sortant par Chovdan, à 44 km de Ashgabat.

Il faut impérativement qu’Obelix tienne le coup car tout pb mécanique risquerait de nous faire dépasser le délai autorisé de 5 jours. Et nous avons entendu parler de qq histoires rocambolesques de voyageurs ayant du y laisser leur véhicule…Bref, ambiance tendue lorsque nous arrivons à la frontière !!

En plus, pour planter le décor, la frontière se situe en plein désert. La température, d’après les locaux, dépasse aujourd’hui les 50°C à l’ombre. Ça tape très fort.

Nous franchissons une première étape des formalités avant la pause déjeuner. Puis le matraquage des taxes divers et variées va commencer. Taxe de passeport, taxe de chauffeur, frais de dossier, assurance, Taxe d’entrée, compensation coût de diesel, désinfection du véhicule,…..soit au total 171$. Une vraie arnaque !! En plus, il faut imaginer que pour chaque taxe, il y a un bureau spécifique, avec ses tampons, son reçu,….L’administration dans toute sa splendeur.

C’est avec la sensation d’avoir été correctement plumés par les services douaniers, que nous franchissons enfin la dernière barrière vers 17h. Mais à peine avons-nous roulé 30mn, que nous arrivons à un nouveau péage. Le pont permettant de traverser  l’Amy Daria. A nouveau le matraquage des taxes : 40$ par véhicule + 2$ de frais de dossier (j’aime bien ces 2$, cela fait au moins vivre la personne qui les prélève) Mais, aller savoir pourquoi, il faut se présenter avec une photocopie du document transmis à la douane. Sans la copie, la taxe monte à 80$. Bien sur, moyennant 10$, un taxi est à disposition pour nous emmener au 1er village. Du vrai racket organisé.

Nous ne nous laissons pas faire et allons nous même au village, tenter notre chance pour trouver une photocopie qui marche. Au 2eme essai, nous faisons mouche.

De retour au guichet du péage, nous apprenons que ne pouvant pas payer en monnaie locale, une taxe supplémentaire sera appliquée….Heureusement que Claire et Isabelle sont là pour nous calmer car on lui aurait bien fait une tête au carré à cette garce, derrière son guichet.

L’addition commence à être vraiment salée. Si on compte les visas (186$), les taxes divers d’entrée (171$) et enfin le pont (42$), on arrive à un total de 404$ et pour 4 jours seulement. !!

Le soir, nous trouvons un bivouac idéal le long d’un canal d’irrigation. Apres qq hésitations à piquer une tête dans une eau de qualité inconnue, nous plongeons de bon cœur. Les enfants qui ont été adorables pendant toute cette longue journée, se défoulent enfin. Et les parents se détendent enfin de cette journée un peu stressante.

Le lendemain, toujours pour éviter les heures de grosses chaleurs, nous reprenons la route des 5h15. Lors de la pause petit déjeuner, je réalise que le radiateur, toujours un peu fuyard, est maintenant percé à plusieurs endroits. Il faut impérativement que le circuit de refroidissement fonctionne sinon, par cette température, le moteur va claquer. Avec Benoît (toujours très créatif dans ces moments), nous confectionnons un système d’alimentation en eau en continu par l’extérieur. A l’aide d’un tuyau raccordant le réservoir d’eau à une bouteille d’eau dont on a découpé le fond et que nous fixons, goulot en bas, au dos du rétroviseur, Claire va pouvoir alimenter en eau le radiateur de l’extérieur et tout en roulant. Un litre toutes les 15mn !! Apres la roue Duchateau (une fameuse roue increvable brevetée par mon arrière grand père), voilà le réservoir à eau Duchateau !! (vous remarquerez que nous restons toujours dans le domaine de l’eau….)

Vers 11h, alors que nous traversons  la ville de Mary, Benoît aperçoit le commissariat central. Une idée géniale vient de lui traverser l’esprit. A la frontière, nous ne nous sommes posés aucune question sur le poste frontière de sortie : Chovden nous est venu automatiquement à l’esprit. Or, les nombreux chauffeurs de poids lourds rencontrés à la frontière nous ont expliqué qu’ils venaient tous de Sahats, un poste frontière située beaucoup plus au sud, près de Machhad en Iran ou nous devons nous rendre. Ce poste présente également l’avantage d’éviter la zone montagneuse située entre Chovden et Machhad. Avec une boite de transfert capricieux, ce point est crucial pour nous.

Ni une, ni deux, nous tentons notre chance pour demander une modification de notre parcours pré-établi à l’entrée du Turkménistan. Nos chances de réussites sont extrêmement faibles mais qui ne tente rien, n’a rien…Le commissaire, très sympa (comme la plupart des Turkmènes que nous rencontrons) nous guide à travers la ville jusqu’aux services de l’immigration. A priori, pas de pb, sauf qu’il est 12h30 et qu’il faut attendre 14h pour la réouverture des bureaux et la réponse définitive.

A 15h30, n’en revenant pas encore, nous recouperons notre formulaire de route modifié et tamponné. Alléluia !!  Dés demain, nous devrions être en Iran, avec le couperet un peu plus haut au dessus de nos têtes : notre visa touristique de 30 jours nous laisse un peu plus de flexibilité en cas de nouvelle panne mecanique.

Par contre, du coté des Bodineau, le passage de la frontière iranienne va être plus délicat. Leur carnet de passage est expiré depuis avril dernier. Avant de payer une taxe spéciale pour les entrées sans carnet de passage, Benoît veut tenter le coup comme si de rien n’était. D’autre part, leur visa de transit leur impose de payer une autre taxe sur le diesel.

Décidemment, il y a toujours du suspens dans l’air…

Le lendemain matin, décollage à 6h30 pour arriver à l’ouverture de la frontière à 8h. Un vent à décorner les bœufs soulève une poussière qui s’engouffre dans les moindres recoins du camion.

Le passage des 2 frontières se passa bien. Les retrouvailles avec l’Iran nous font chaud au cœur. La différence avec les autres pays est immédiatement perceptible :des locaux modernes, des toilettes presque propres, les procédures administratives informatisées,…nous sommes dans un autre monde.

Petite anecdote, tout de même : un long et fin serpent (du genre qui doit faire bien mal…) vient perturber la tranquillité de la salle d’attente. Panique générale dans les bureaux et bonne frayeur chez les Duch/Bodineau.

Pour les Bodineau, c’est leur jour de chance. Les douaniers ne noteront ni l’expiration du carnet de passage, ni le visa de transit pour la taxe sur le diesel (ils ont du faire l’amalgame avec nos visas de tourisme)

Nous filons vers Machhad, situé à 180km de la frontière. Que c’est bon également de retrouver des routes dignes de ce nom… Mais dans les faubourgs de cette ville de plus de 2 million d’habitants, la galère commencée au sortir du Kirghizistan nous rattrape : la boite de transfert se met à nouveau à claquer. Ce va et vient entre ces moments ou tout semble possible et ces moments ou tout semble impossible est véritablement épuisant pour les nerfs. Heureusement que Benoît et Isabelle sont à nos cotés pour nous aider à analyser le plus lucidement la situation et définir les actions à entreprendre.

Le soir, nous bivouaquons le long d’un parc en centre ville, le cœur gros et le moral dans les talons.

La question que nous nous posons est de savoir si nous prenons le risque de pousser jusqu’à Téhéran (960 km à travers le désert) où Eric, de Renault Trucks, peut nous aider à réparer Obelix.

Dimanche matin, j’appelle Eric à Téhéran. Il me recommande de contacter un garage sur Machhad qui réalise la maintenance des camions Renault et Volvo. Le chef d’atelier, Hassan Lotfi, parle parfaitement anglais et m’envoie sur le champ un de ses gars pour me guider à travers Machhad vers le garage. Lorsque nous y arrivons en fin de matinée, il doit bien y avoir une vingtaine de camions sur le grille. Ce genre de garage me fait un peu peur : les meccanos sont peut être compétents pour remplacer à l’identique des pièces défectueuses. Mais pas forcement pour bricoler (dans le bon sens du terme) un modèle de camion inconnu en Iran.

Mais je n’ai pas le choix et Hassan me semble sensible à notre cas. Tellement sensible, qu’après avoir constaté que les réparations prendront certainement plusieurs jours, il nous propose de loger chez lui (décidemment, ce périple va se terminer en visite des aparts des meccanos chez qui nous faisons réparer Obelix !!)

Apres avoir ouvert la boite de transfert, rien d’évident ne nous saute aux yeux. Il nous reste encore 6000 km à parcourir et je ne peux plus me permettre une nième tentative avec cette boite. Exit donc la boite de transfert et en avant pour confectionner avec les moyens du bord une transmission directe depuis la boite de vitesse jusqu’au différentiel sur le pont arrière. Benoît pousse depuis plusieurs jours pour cette option. Victor, à Tachkent, n’en voulait pas pour des questions de mauvais équilibrage pouvant provoquer des vibrations dommageables au moteur. Eric, non plus n’est pas très favorable à cette option….Mais là, je n’ai pas le choix…

De retour dans le centre ville, nous déposons Claire et les enfants qui partent avec les Bodineau visiter le mausolée de l’Imam Reza, lieu de pèlerinage très important pour les Chiites. Je dis au revoir au Bodineau qui doivent continuer leur route vers la Turquie. Leur visa de transit ne leur laisse que 7 jours pour traverser l’Iran. Voilà près de 2 mois que nous voyageons avec eux, avec qq petites coupures en Chine, au Kirghizistan et en Ouzbékistan qui nous ont à chaque fois fait réaliser combien nous les apprécions. Merci d’avoir croisé notre route !!

De retour au garage, mon 1er souci est d’essayer de faire réaliser un schéma du montage que Hassan et ses sbires ont en tête. Ou tout du moins des differents schémas car je sens bien qu’ils n’ont pas tous le même avis. D’où l’intérêt du schéma, histoire de pouvoir mettre tout le monde d’accord avant de se lancer dans les travaux. Mais j’ai beau insister, rien à faire ! On ne doit pas être formaté pareil !! Je me méfie en particulier du « gearbox manager », un gros lard tout mou qui ment comme il respire. Je finis donc par dessiner moi-meme le montage que j’ai en tête et par tattonements, j’arrive à en savoir un peu plus sur leur schéma. Le pb, c’est que cela ne les dérange en rien de confirmer la présence par exemple d’un cardan sur le croquis alors qu’ils n’ont aucune intention d’en poser un !!

Le soir, je rentre en voiture avec Hassan. Je suis rincé par le stress de la journée mais je dois entretenir la conversation pendant l’heure de route qui nous sépare de sa maison.

Hassan est un homme extrêmement serviable et généreux. Il a cependant qq idées bien arrêtées qui me laissent un peu perplexe….

J’apprends ainsi que le principal pb des femmes en Iran est qu’elles sont toutes adorables pendant la période des fiançailles mais qu’après le mariage, elles deviennent extrêmement possessives et surtout « dominantes ». Non, je n’ai pas observé de règle si marquée en France et je ne peux me plaindre pour mon cas personnel, d’une telle attitude de la part de ma chère et tendre.

Concernant le 11 septembre, je n’avais pas bien réalisé également que les 2 avions qui se sont abattus sur les Twin Towers, étaient en fait des avions militaires. La preuve : il n’y avait pas de hublots sur les flancs des avions et l’un d’eux a même exploser qq secondes avant de se cracher sur la tour, histoire de garantir la destruction de cette même tour…

Il y a des vérités qui ont encore de beaux jours devant elles….

Le lendemain, je passe ma journée à peaufiner mon petit croquis au fur et à mesure de mes questions et de nos discussions. Plus on avance, plus je sens qu’ils ne maîtrisent pas le sujet. Bien sur, à chaque fois, la réponse est la même : « don’t worry, Vincent, we are professionals. Everything will be fine »

A 13h, le radiateur revient de chez le soudeur. Il y a un problème : le gars, au lieu de simplement ressouder les fuites, a pris l’initiative de lui-meme de changer entièrement le faisceau central. Et bien sur, il y en a pour 200$ !! Là, je pique mon coup de gueule en les envoyant petre. Pour ne pas perdre la face devant cette situation de blocage, Hassan parlemente avec le soudeur et revient en m’informant que le nouveau radiateur sera gratuit. J’apprendrai par la suite que le coût sera en fait facturé sur les prochains travaux à venir !! Mais ça, c’est leur pb !!

18h02, fin de la journée. Le responsable du remontage du radiateur rassemble ses outils….on finira demain !! Quant à la nouvelle transmission dont la fabrication a été confiée à un artisan extérieur….toujours pas de nouvelle. Une des anciennes transmissions a été condamnée pour construire la nouvelle, plus longue. Je crains surtout pour l’équilibrage de cette pièce.

Mardin matin, la nouvelle transmission avec son palier intermédiaire est prête. Le montage des différentes pièces est réalisé en à peine 2 heures et vers 11h30, nous pouvons entamer la série d’essais sur route. Au point mort, en roulant, une forte vibration se fait entendre. Le « gearbox manager » est catégorique : c’est le différentiel qui râle. Allons bon, pourquoi donc cette pièce qui n’avait jamais fait de bruit, viendrait elle à causer ? De retour au garage, nous consultons les 2 sages de l’atelier. Ces hommes, d’un age assez avancé, depuis deux jours m’intriguent. Ils ont des gueules de vieil aclolo, sont les seuls à refuser de porter des bleus de travail et passent leurs journées à flâner au milieu des moteurs éventrés à donner 2/3 conseils. Pour Obelix, leur verdict est simple : les broches des cardans aux extremités de la transmission arrière ont été incorrectement montées. Et de fait, lors des nouveaux essais, la vibration a totalement disparue. Et l’autre avec son différentiel, je te l’ai cassé menu !!!

Obelix est prêt. Nous filons chez Hassan chercher Claire et les enfants. Avant de quitter Machhad, nous redéposons Hassan au garage. Les adieux sont touchants. Hassan m’embrasse comme un frère.

Nous souhaitons rouler jusqu’à la nuit tombante, histoire d’avoir une chance d’arriver demain soir à Téhéran. Plus de 900 km nous séparent de la capitale mais si nous nous levons tôt demain matin, le coup est jouable. Nous sommes en fait assez excités à l’idée de retrouver nos amis que nous avions rencontrés lors de notre premier passage en octobre dernier.

Vers 20h, à environ 250 km de Machhad, nous quittons l’autoroute pour trouver un bivouac pour la nuit. Mais après avoir immobilisé Obelix, nous constatons avec effroi que le berceau du moteur vient de céder pour la 3eme fois. Malgré mes recommandations, la transmission n’a pas du être correctement équilibrée et les vibrations ont eu raison du berceau. Nous sommes littéralement assommés par ce dernier coup dur. Il n’y a plus ni pleur, ni cri,…c’est tout simplement l’accablement. Quand aurons enfin terminé cette série incroyable d’incidents mécaniques qui nous pollue notre voyage depuis maintenant près d’un mois ?? Nous nous couchons, le moral au plus bas, sans même savoir comment demain nous allons nous y prendre pour sortir Obelix de ce trou.

Le lendemain, après une nuit pas vraiment sereine, je ramène Obelix à vitesse très réduite sur le bord de l’autoroute, histoire d’être plus visible des éventuelles personnes qui viendraient nous porter secours. La décision est prise de transporter Obelix sur une plateforme jusqu’à Téhéran. Je ne veux plus entendre parler ni de Machhad, ni encore moins de Sabzavar, la petite ville située à 14 km de la où nous nous sommes arrêtés. Je recontacte à nouveau Eric, de Renault Trucks. Il fait envoyer 3 gars de chez le concessionnaire Renault/Volvo de Sabzavar. Ils affirment pouvoir réparer Obelix sur place mais leur atelier que je visite, ne me dit vraiment rien. Ce sera donc Téhéran ou rien.

Je pars alors sillonner la ville à la recherche d’une plateforme qui puisse accueillir un véhicule de la taille d’Obelix. Autant chercher midi à 14, d’autant plus que personne ne parle anglais dans ce bled paumé. J’aurais du prendre des cours chez le mime Marceau, cela aurait été plus efficace que pratiquer la langue de Shakespeare. Grâce à notre téléphone satellitaire, je contacte également pour la 1ere fois de notre voyage, Mondiale Assistance. Peut être ont-ils un correspondant sur la région possédant de tels équipements. On me dit qu’on me tiendra au courant…La chaleur est accablante. Il doit faire 45 à 50°C à l’ombre. Je pense à Claire et aux enfants qui doivent cuire en plein soleil…

Un papy veut voir le camion pour, j’imagine, savoir s’il peut rentrer dans le sien. J’ai bien peur de perdre mon temps avec lui mais va pour la visite. Une fois de retour sur Sabzevar, mon papy m’amene chez un transporteur. Il y a là une plateforme pour engin de chantier qui conviendrait parfaitement. J’appelle immédiatement l’assurance mais celle-ci rechigne à utiliser les services d’un transporteur extérieur à son réseau. Par contre, le correspondant local de l’assurance nous retrouve qq minutes plus tard. Au moins, j’ai la sensation d’être un peu moins seul dans ma quête pour une plateforme…Toujours sans aucun mot d’anglais, je comprends qu’il faut retourner voir Obelix….

Un gros camion benne nous y attend. A ma grande surprise, j’apprends du gars de l’assurance qu’il a l’intention de faire monter Obelix dedans pour l’amener à Téhéran. Et comment le faire grimper là-haut ? Rien de plus simple : à 100m de là où nous sommes garés, il y a un petit pont permettant l’écoulement des eaux pluviales en dessous de l’autoroute. Il suffit de caler le camion benne en contre bas, cul contre le pont et de faire grimper Obelix (après avoir pris soin tout de même d’arrêter la circulation sur l’autoroute !) Le pb est qu’il y a tout de même un différentiel de 40 à 50 cm entre le niveau de la benne et celui de la chaussée de l’autoroute. Si cela ne représente aucun pb pour les iraniens, pour nous, c’en est un de taille !! J’ai un moteur qui repose sur le pont avant. Je ne vais tout de même pas lui faire sauter une marche de 50 cm !!

Ca gueule, ça s’énerve mais je ne cède pas. Le chauffeur en a marre d’attendre et s’en va avec son camion.

Vu la tournure des événements, il est décidé de rapatrier Claire et les enfants sur Téhéran par taxi. Au moins, ils seront mieux chez nos amis, les Fred et Fred qu’à rôtir au bord de l’autoroute. Mais le taxi met tellement de temps à venir que lorsqu’il se pointe enfin vers 17h, nous le renvoyons en lui donnant un nouveau RDV pour le lendemain matin à 7h. Claire n’a aucune envie de rouler de nuit. La circulation est déjà assez folklo comme ça de jour.

Vers 18h, le patron de la société de transport associée à Mondiale Assistance (via leur correspondant local Iran Assistance) vient inspecter Obelix. Dés le début, ce type ne m’inspire absolument pas confiance. Il affirme connaître un autre pont près de Sabzavar ou le camion benne arrivera juste à niveau avec celui de la chaussée. Mais surtout, il sait où trouver une vraie plateforme à Sabzavar. Parfait, allons donc vérifier tout cela sur place !!

Une fois au pont, impossible d’avoir un camion benne pour faire un test grandeur nature. Même si je suis d’accord que le niveau de la chaussée est plus bas, j’insiste pour voir également la plateforme promise. En vain !! En effet, je viens de réaliser que si j’opte pour le camion benne, il va y avoir un pb de hauteur globale. La benne est à 1,5m et Obelix fait 3,6m, ce qui nous fait une hauteur totale de 5,1m. A tous les coups, on va se prendre un pont sur la route qui fera moins de 5m !!

Je transmets mes craintes au patron transporteur qui visiblement n’en a que faire. T’es têtu, moi aussi !! Apres 2 heures de négociation au téléphone avec le responsable de Iran Assistance, j’arrive enfin à obtenir un camion avec une remorque (hauteur 1,2m). Ce n’est pas aussi bien qu’une plateforme, mais c’est mieux que rien.

Nous convenons donc de remorquer Obelix le lendemain jusqu’au fameux pont à Sabzavar pour le faire ensuite grimper sur la remorque. Le RDV est pris pour demain matin 8h.

Je rentre rincer au camion. Il est 22h30. J’aimerais aller dormir mais Claire a sympathisé avec un couple qui tient une petite buvette à coté de là où nous avons garé Obelix. Ils sont tellement adorables que nous ne pouvons refuser le thé qu’ils nous offrent. Petits moments de bonheur au milieu de toute cette galère…

Jeudi matin 7h, le taxi est à l’heure. Je laisse partir Claire et les enfants, soulagé pour eux mais un peu anxieux sur mon sort à venir. Huit heures, le camion remorqueur est à l’heure lui aussi. Par contre personne au pont. Je pressens qu’un grain de sable doit gripper le programme mis en place la veille. Finalement, vers 9h30, le camion amene la remorque en contre bas du pont. Obelix rentre tout juste ne largeur mais dépasse fortement en hauteur. Je sens le chauffeur très anxieux sur cette histoire de dépassement de hauteur. Ensuite, nous nous rendons aux bureaux du transporteur et là comme des négociations interminables avec l’assurance sur le prix du transfert sur Téhéran. Je vous fais l’histoire courte, nous ne partirons que vers 13h30 !!

Installé dans la cabine avec le chauffeur et son copilote, je n’attends même pas de sortir des faubourgs de Sabzavar pour m’écrouler de sommeil sur la couchette arrière.

A l’approche de Téhéran, la hauteur des ponts sous lesquels nous passons se réduit sensiblement. De 5 m, nous passons à 4,8 m, puis 4,5 m…Nous franchissons chaque pont à vitesse réduite en serrant les fesses…Soudain, un nouveau pont avec un panneau indiquant 4,2 m !! Là, ça m’étonnerait qu’on passe. Le copilote grimpe au dessus du camion. Doucement, tout doucement, nous franchissons le pont. En redescendant, le copilote me fait signe qu’il y avait à peine la largeur d’une main au dessus d’Obelix…Merci aux bureaux d’études iraniens d’avoir pris un peu de marge de sécurité dans vos calculs !!

Eric, de Renault Trucks (encore et toujours lui !) m’a mis en contact avec Mehdi, un collègue iranien qui doit nous accueillir au garage Renault Trucks de Téhéran. Je tiens d’ailleurs ici à souligner tout particulièrement la gentillesse avec laquelle Eric nous a soutenu durant ces dernières heures. Nous « tombons » en plein départ en congés (il prend l’avion ce soir) et malgré les derniers bouclages de dossiers et une mission de France à piloter, il trouve encore le temps pour nous aider dans nos galères. Merci, merci mile fois !!

Vers 23h30, nous faisons la « jonction » sur le bord de l’autoroute dans la banlieue de Téhéran, avec le représentant de Iran Assistance. Mais le gars roule tellement vite et tellement loin devant, qu’on arrivera tout de même à se perdre.

C’est finalement vers minuit que nous atteignons l’atelier de Renault Trucks. Une plateforme spéciale est déjà sur place pour faire descendre Obelix de la remorque. Ca passe vraiment vraiment tout juste et je me paye qq frayeurs lorsque la plateforme avec Obelix dessus et moi au volant, bascule vers l’avant pour que je puisse enfin doucement toucher terre.

Deux heures du matin, nous venons de traverser Téhéran (ce qui n’est pas une mince affaire dans cette mégapole de 15 millions d’habitants) et Mehdi me dépose enfin chez les Fred et Fred. Ooooouuuuuuuuf !! Voilà une bonne chose de faite. Mais reste maintenant à remettre sur pied notre pauvre Obelix et à le ramener à Breugny.

Mais, ça sera pour un prochain message. Très prochainement, c’est promis !!

A bientôt.

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29 juin 2007

Allo Maman (gros) bobo

Juste un tout petit message pour rassurer nos lecteurs...Nous sommes toujours sur la route, où plus precisemment, sur le bord de la route avec depuis le 2 juin, enormement de pb mecaniques sur Obelix. Nous venons d'arriver hier soir à Teheran avec Obelix bien mal en point  sur une plateforme....Le moral est bof bof...Il y a des jours, on se mettrait à rever d'une bonne sieste dans transat à Breugny....

Pour l'avenir, on verra demain de quoi il sera fait. Heureusement, les gars de Renault Trucks devraient m'aider pour les travaux de reparation. A suivre....

Un message devrait prochainement vous donner tous les details de nos galeres...Patience, patience!!

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04 juin 2007

Dans la brume du Kirghizistan...

Os, 01-06-07


Eh bien non, contrairement aux prévisions du dernier message, nous ne pouvons passer la frontière le lendemain. Il faut dire que nous l’avons un peu cherché…


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En effet, notre visa Kirghizie ne commençant que le 15 mai, nous avions envisagé (dans la perspective de retrouver la famille Bodineau qui avait quitté Kashgar une semaine avant nous)) de passer la douane Chinoise le 14, de parcourir le même jour les 100 et qq km de piste jusqu’à la frontière, de dormir devant la frontière du Kirghizistan et d’entrer au Kirghizistan à l’ouverture de la douane. Malheureusement, les douaniers chinois ne l’entendent pas de la même manière. Mais ce qui est « marrant », c’est que malgré toutes les procédures de contrôle manuelles et informatiques, ils ne constatent la date du visa Kirghiz qu’après que Baptiste et Camille aient passé la douane. Que faire donc avec une famille sur les bras dont 2 enfants viennent officiellement de sortir du territoire chinois (avec un visa simple entrée) et les 4 autres membres toujours en Chine… La solution a du être difficile à trouver vu les palabres qui s’en suivirent. Mais qq heures plus tard, Baptiste et Camille se retrouvent à nouveau en Chine, grâce à l’effet miraculeux d’un tampon « annulé » appliqué sur le visa de sortie …

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Une Kirghiz


Le lendemain, l’air est toujours très chargé en sable (depuis 4/5 jours, il y a une tempête de sable sur le désert du Taklamakan) et la montée sur le Tourougart Pass se fait malheureusement avec une visibilité fortement réduite. De plus, à l’intérieur d’Obelix, la poussière est rentrée dans les moindres recoins. La piste n’est pas très bonne et nous n’atteignons la frontière que vers 13h. Impossible de prendre des photos au point de passage entre les 2 pays : la zone est très militarisée. Nous ne sommes qu’à 3800m d’altitude mais à la mi-journée, la température ne doit pas dépasser les 3/4°C.


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Au tourougourt Pass


A la douane Kirghiz, il faut avouer que le comité d’accueil n’est pas des plus chaleureux : l’approche en surplomb de la douane donne une impression de camp militaire retranché avec miradors, double rideau de grillage, un 1er contrôle devant le portail d’entrée avec 3 soldats armés jusqu’aux dents et accompagnés de bergers allemands…Une fois entré dans l’enceinte, Obelix est dirigé vers un hangar où souffle un vent glacial. Du coté des Duduch, ça ne fanfaronne plus trop !! Claire et les enfants partent vers le bureau de l’immigration tandis que je reste dans le hangar pour une inspection en règle d’Obelix. Atmosphère, atmosphère,…

Cela étant, nous devons reconnaître que ce passage de frontière est le plus court de tous ceux que nous avons connu : 30mn plus tard, nous sommes libres !!


Mais à peine avons-nous passé la barrière, qu’un Kirghiz nous fait signe de nous arrêter. Avant de sortir du camion, Claire a juste le temps de me rappeler les démêlés de précédents voyageurs avec des charlatans spécialisés dans le racket de touristes. Je suis donc mon homme dans sa roulotte toute rouillée qui immédiatement me sort des courriers incompréhensibles en écriture cyrillique. Par contre le message, lui est très clair : il faut payer 30$ de taxe par passeport. Pas d’accord du tout, le Duch. Je lui arrache des mains le passeport qu’il avait commencé à enregistrer, file vers Obelix et démarre sans demander mon reste. Sympa, le premier contact avec le Kirghizistan !!


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Et les voitures passent dessus...


La piste que nous empruntons ensuite pendant près de 100km fait durement souffrir Obelix et ses passagers. Nous ne progressons qu’à 30km maxi. La poussière est toujours omniprésente, à l’extérieur comme à l’intérieur du camion. Nous devinons bien que les paysages que nous traversons doivent être de toute beauté mais ne pouvons qu’en imaginer la grandeur, tellement la visibilité est réduite par la présence du sable dans l’atmosphère.


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Tourougourt Pass


Bien que beaucoup moins élevé que le Kunjerab Pass (entre le Pakistan et la Chine), le Tourougart Pass a qq chose de plus désolé, de plus mystérieux, de plus grandiose. Par contre, le Kunjerab Pass représente encore aujourd’hui un verrou entre 2 civilisations. Depuis le début du voyage, jamais nous avons observé de changement culturel si brutal au passage d’une frontière…


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Nos premières rencontres au Tourougourt Pass


Nous rencontrons sur la route qq. Kirghiz avec qui nous échangeons qq. mots. L’accueil est toujours chaleureux mais la bouteille d’alcool jamais très loin…..Le soir, nous arrivons éreintés au caravan sérail de Tas Rabat avec l’envie de poser les valises pour qq. jours. Mais le mauvais temps s’acharne sur nous et le vent souffle furieusement toute la nuit, bousculant Obelix dans de terribles rafales. Le lendemain, la visibilité a encore baissé. Nous décidons donc de reprendre la route et d’avaler les 60 derniers km de piste caillouteuse. Obelix (et nous aussi) en a plein les bottes !!  Aventure, aventure…


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Obelix à Tass Rabat


Le Kirghizistan est vraiment le royaume du cheval. Cet animal est présent à toutes les étapes de la vie quotidienne. On se déplace à cheval, on tracte la charrette à cheval, on surveille le bétail à cheval, on laboure à cheval, on boit le lait de juments (très spécial !!),… Dans les villages, les cavaliers empruntent les trottoirs comme des piétons….


Nous nous régalons du fameux Ayran, le fameux yogourt Kirghiz fermenté dans des grandes gamelles. Heureusement que nos estomacs commencent à être blindés contre les petites bêtes…


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Nous sommes très impressionnés par l’état d’abandon des villages traversés : tout est abîmé, les barrières défoncées, les abris bus déglingués. Beaucoup de familles vivent sur le bord de la route dans des roulottes en vieilles tôles rouillées. Dans les magasins d’alimentation, l’alcool prend près de 50% des étalages, les sucreries et autres cochonneries (comme dirait ma chère mère) 30 autres %...cela ne laisse plus beaucoup de place pour le reste !!... L’après communisme semble bien difficile à digérer. De plus, contrairement aux autres pays traversés, les Kirghiz ne nous semblent pas très souriants. Quel contraste avec des pays comme l’Inde ou le Pakistan, certainement encore plus pauvres sur le papier mais qui montrent des visages tellement plus rayonnants.


Les cimetières sont également surprenants avec leurs tombes qui ressemblent plus à des mini forteresses. D’autres ont la forme d’une yourte en fer forgé. Cela donne plutôt l’impression d’une ville fantôme à l’entrée ou à la sortie de chaque village.


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Un cimetierre Kirghiz


Grâce à un mail des Bodineau, nous savons que l’accès au lac Song Kol est devenu impossible suite aux chutes de neige des derniers jours. Dommage, nous ne pourrons donc admirer les paysages fabuleux dont on nous a tant parlé…


Notre premier bivouac sur le lac Issy Kol ne se passe pas très bien : Dans le village de Barskoon, nous repérons une petite plage sur le bord du lac. La propriétaire de la maison voisine nous donne son accord pour que nous garions Obelix pour la nuit. Malheureusement, vers 21h, son mari qui avait bu un coup de trop, se pointe en nous lisant un petit bout de papier qu’un voisin avait du lui écrire : « you are on my private property, you own me 10$ » Malgré mes protestations, et voyant que les choses allaient rapidement en venir aux mains, nous plions bagages et allons dormir ailleurs. Aventure, aventure…


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Bivouac au bord du lac Issykol


L’alcool ici est vraiment omniprésent. Pour l’anecdote, nous venons enfin de comprendre pourquoi les environs de chaque col étaient jonchés de cadavres de bouteilles (de Vodka surtout) C’est la tradition : à chaque col, on se tape une bouteille. C’est plus facile pour la descente !!


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Virage mal négocié...


Pour finir ce tableau pas très enthousiaste, nous arrivons à Karakol sous une pluie battante, un froid glacial et avec à nouveau une fuite sur le circuit de refroidissement,…Atmosphère, atmosphère,… (je trouve que je commence à beaucoup l’utiliser, cette expression !!)


Heureusement, un rayon de soleil (dans le cœur uniquement) apparaît avec la rencontre de Valentine, un russe installé à Karakol depuis plusieurs générations et qui tient une Guest House tres sympa. Grâce à lui, nous mettons fin à 5 jours de quasi isolement. Cela ne nous était jamais arrivé depuis notre départ de France. Il n’y a pas à dire : les paysages, c’est sympa mais rencontrer des visages, c’est tout de même mieux.


Valentine nous a pris sous sa protection. Ayant appris que Thibaud jouait de la guitare, nous sommes invités le lendemain au concert de fin d’année de l’école de musique de son petit fils, Baris. Moment d’immersion exquis…

Mieux encore, en l’honneur de l’anniversaire de Thibaud, nous sommes invités à dîner chez la fille de Valentine. Soirée très sympa et musicale (le papa de Baris est prof de guitare)


Entre temps, dans l’après midi, nous avons retrouvé les Bodineau. Les enfants sont aux anges !! Visiblement, nous avons amené avec nous le mauvais temps : ils n’ont pas vu un nuage jusqu’à hier !!


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Tient, à propos de Thibaud, j’ai complètement zappé sur le fait que Monsieur a commencé sa crise d’ado…ça lui a pris vers la fin du Pakistan. Oh, ce n’est pas encore bien méchant et cela se caractérise pour l’instant par une grosse flemme qui le cloue une bonne partie de la journée au lit à lire…Et dire qu’on se décarcasse pour leur faire découvrir le monde !!!


Je passe rapidement sur le marché aux bestiaux de Karakol le dimanche matin, sous une pluie battante et dans une gadoue à ne plus savoir où mettre un pied…Bref, nous en avons tellement marre de ce temps que notre seule motivation est désormais de filer. Le moral n’est pas vraiment au top. Nous avons vraiment l’impression de passer complètement à coté de ce pays….


Deux jours plus tard, à Biskek, après un rapide passage à l’ambassade de France pour récolter qq renseignements pratiques, nous installons notre bivouac chez Smail, un algérien implanté ici depuis 1982 et qui est le « réceptif » de la plupart des tours opérateurs français sur le Kirghizistan. Accueil très sympa que nous recommandons fortement à tous ceux qui sont sur la route et qui cherchent un lieu de bivouac tranquille et agréable dans cette ville.


Biskek est une ville très surprenante. En opposition complète avec la pauvreté des campagnes, Biskek nous semble moderne et agréable à vivre. Bon, il est vrai que le beau temps a enfin fait son apparition et cela joue beaucoup dans cette ville très verdoyante.


Sous l’influence des Bodineau, nous effectuons un investissement majeur pour la suite de notre voyage (il était temps, vu qu’il nous reste moins de 2 mois !!): nous achetons une machine à laver !! Eh oui, que voulez vous, nous avons craqué pour ce petit luxe qui va tellement améliorer notre quotidien…Bon, nous avons beaucoup hésité sur le modèle : chargement vertical ou horizontal, nombre de tours/minute, capacité de charge,…Houla, houla, je vous vois venir…. Pas de méprise, il ne s’agit d’une Siemens ou d’une Brandt. C’est tout simplement un bidon de 20l équipé d’un bouchon très large et que nous plaçons dans notre cage arrière. Grâce aux (nombreuses) secousses que nous réservent les routes d’Asie Centrale, l’efficacité d’un lavage automatique est (presque) garantie.


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Bivouac au milieu d'un champ de fleurs

Je profite également de notre séjour pour aller avec Benoît faire l’équilibrage des roues. On va enfin pouvoir rouler tranquille !! Malheureusement sur la route du retour, je me fais choper au radar. M’étant rabattu un peu tardivement sur le bas-côté, j’entame une marche arrière pour revenir au niveau des policiers. Mais je ne vois pas qu’une autre voiture vient de se garer juste derrière moi….C’est l’accident !! Je passe sur les palabres pour définir le coût des réparations de l’audit 100 que j’ai embouti. Il faut dire que ma marge de manœuvre est faible car Claire a gardé tous les papiers du camion et nos passeports. Mais ce qui nous a le plus impressionné, c’est la cadence avec laquelle les policiers verbalisent. Un à deux véhicule par minute, à raison de 50 soms (environ 1 euro) par véhicule, ça finit par faire une belle somme en fin de journée. Personne ne discute le tarif ou ne réclame de reçu. On sent que la pratique est courante…


Avec qq jours de conduite dans Biskek, je vais apprendre à gérer cette omniprésence des policiers qui vous arrêtent pour un rien mais surtout pour se faire graisser la patte : surtout faire semblant de rien et continuer tranquillement son chemin. Rien que le jour de notre départ de Biskek, 4 barrages de policier tenteront de nous arrêter. Heureusement, aucun n’a cherché à nous rattraper…


Tient à propos de voiture, je peux vous dire que de retour en France, je ne m’achèterai pas une Audi. Ou du moins, si je me la fais piquer, je sais où je pourrai la retrouver. Les Audi 100 et 80 représentent environ 50% du marché. Bravo à Audi mais en fait, je ne suis pas certain qu’ils vendent beaucoup de véhicules neufs….(quelle mauvaise langue, ce Duduch !!)


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Un père et sa fille

Lors de nos multiples virées à l’ambassade de France ou nous faisons le plein de lecture française en tout genre (les enfants ont découvert une mine de BD dans la bibliothèque et les avalent les uns derrière les autres !!), nous faisons la connaissance avec Frédérique, une expatriée française avec 2 enfants de l’âge des nôtres. Nous passons une dernière soirée très sympa chez elle. La pauvre machine à laver n’a pas du comprendre ce qui lui arrivait : déjà avec les Duduch seuls, c’est pas triste, mais là, il y avait également les Bodineau !! Mais y a pas, ça fait tout de même du bien de se sentir un peu plus propre… Merci Frédérique


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Ah les déguisements!!(Chez Frédérique)


Ah, j’allais oublier !! ON A TERMINE LE F…. CNED !! Le plus étonnant, c’est qu’on n’a même pas fêté cela comme il se doit. Tout se perd …


Nous quittons donc Biskek pour Os, en prenant une route dont plusieurs personnes nous ont assuré qu’elle était l’une des plus belles au monde. L’excitation est donc à son comble dans Obelix. Malheureusement, pas pour longtemps. La pluie fait très rapidement son apparition et nous grimpons le Tus Asuu Pass dans la poisse totale. Smail nous avait prévenu : à la sortie du tunnel, vous aurez un spectacle extraordinaire avec une vue sur tout le plateau du Soussamyr. Tu parles. On ne voit pas à 100m !! Décidemment, ce pays n’est pas fait pour nous !!

Le lendemain, un léger mieux météo nous permet d’admirer enfin qq beaux paysages le long de la route.


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Bivouac sur le plateau de Soussamyr


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Claire s’est mis dans la tête d’aller jeter un coup d’oeil dans la vallée de Tallas qui parait il, est encore très peu visitée. Ce coup d’œil nécessite tout de même le passage du Otmok Pass, à 3330m d’altitude encore sous la neige et avec 30 km de route en travaux. Obelix qui croyait que les mauvaises pistes étaient désormais derrière lui…


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A Otmok Pass, à 3.300 mètres d'altitude


Nos recherches de bivouac nous donnent qq. sueurs froides. Nous plantons les 2 camions dans la boue. Même Obelix en 4X4 a du mal à sortir de l’ornière dans laquelle je le plante. Pour Toppette, le camion des Bodineau, il faudra carrément aller chercher un camion pour le remorquer. Bien sur, au moment ou il a fallu sortir dehors pour dégager les fourgons, la pluie s’est à nouveau invitée…


Heureusement, la persuasion de Claire paye car le lendemain, nous avons enfin le ciel bleu tant attendu !! Ni une, ni deux, les chaussures de marche sont rapidement chaussées, les sacs à dos remplis d’un bon pique-nique, et nous filons à l’assaut des montagnes pour découvrir enfin la nature Kirghiz dont on nous a tant parlé. Et nous ne serons pas déçu.


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Bivouac dans la vallée de Talas


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C'est parti pour une bonne ballade


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Un bon bain bien frais!


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Les camions sont en bas, pas dégueue  la vue...


Le soir, de retour au camion, qq. femmes nomades nous proposent de venir partager le lendemain le mouton et fêter ensemble la fin des plantations de pommes de terre. Nous qui étions justement en manque de contact…


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Préparation du mouton


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Toute la bande de la "mouton partie"


L’accueil est simple mais fraternel. Un premier « appero » nous attend avec des boulettes de fromage et du foie de mouton (assaisonné au sel et aux fines herbes : pas degueu !!) Puis vient le plat principal constitué de morceaux de mouton bouillis accompagnés d’espèces de grandes pattes à peine cuites. Un peu plus diffRétrolien (Trackback)icile à avaler…


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Les Duduch et les Bodineau à table


Dans l’après midi, nous reprenons la route en direction de Os. Nous longeons qq. magnifiques lacs au bleu sombre et profond. La route est superbe. A Kockor-Ata, nous nous arrêtons au marché local pour nous ravitailler en produits frais. L’accueil est extraordinaire. Difficile de remonter dans le camion….


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Sur la route de Os

 

Au marché de Kockor-Ata

 

 

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Après la fraîcheur des hauts plateaux, nous découvrons la chaleur de la plaine du Fergana. Nous appréhendons les grosses chaleurs d‘Ouzbékistan. Mais ça, ce sera pour le prochain épisode !!


Bon, concernant le quiz et histoire de changer un peu le mode de question, nous aurons cette fois-ci une photo à commenter : Comme vous pouvez le constater sur la photo ci-dessous, les kirghiz utilisent des draps percés dans le centre. Merci de nous préciser la raison de ce trou.


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22 mai 2007

Un message du blogmaster

Je vous rappelle que vous pouvez voir la totalité des photos envoyées par les Duchateau sur ce lien :  http://picasaweb.google.com/unperipleenfamille
Amicalement,

Lionel

Un point sur le périple :

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13 mai 2007

Kashgar, la defigurée...

Kashgar, 13-05-07


Nous reprenons la route tôt demain matin pour la frontière du Kirghizistan avec son fameux Tourougart Pass. J’en profite donc pour vous envoyer un dernier petit message, ne sachant pas trop ce que nous allons trouver de l’autre coté de la frontière en matière de connexion internet.

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La traversée de ces cols à chaque frontière nous font prendre conscience combien il devait être difficile de les traverser, il y a encore peu de temps. Et pourtant, nombre d’entre eux étaient largement empreintés du temps des routes de la soie.


Nous voila donc à Kashgar, dont le seul nom évoque la magie de la route de la Soie….Et pourtant, quel massacre !!! Je réalise la chance extraordinaire que j’ai eu de pouvoir découvrir cette ville en 1988, avant que le rouleau compresseur chinois ne fasse son travail. J’en ai le souffle coupé quand nous entrons dans Kashgar. Ces immenses avenues bordées d’horribles bâtiments carrelés, ces larges panneaux publicitaires luminescents, cette circulation automobile avec ces taxis verts clinquants, mais surtout cette foule de chinois (Hans) submergeant les communautés locales (Ouighours, Tadjiks, Kirghiz, Ouzbeks)


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Des enfants de Kashgar


Quand je repense à l’ancien consulat anglais transformé en hôtel (le Chini Bagh Hôtel) avec ses vieux bâtiments décrépits mais plein de charme (avec qq. autres routards, nous avions même remis la main sur les archives de l’ancienne bibliothèque du consulat, restées intactes depuis le départ des anglais…). Tous les matins, nous empruntions un petit chemin de terre battue pour aller prendre notre bol de yogourt nappé de miel dans un bouiboui local. Le dimanche, il suffisait de sortir sur la route principale pour se laisser emporter par le flot de la foule se dirigeant vers l’extraordinaire marché ou se retrouvaient milliers de marchants à bestiaux et commerçants.


Aujourd’hui, au Chini Bagh hôtel, des horribles tours ont remplacé les anciens bâtiments du consulat. Le petit chemin de terre a laissé la place à une double voie bordée de magasins pour touristes, le bouiboui local est maintenant un restaurant très branché, un immense bâtiment sans charme abrite le marché du Dimanche,…. Ah, nostalgie, nostalgie,….


Seul le marché aux bestiaux, à l’écart de la ville, a gardé une partie de son charme. Ici, une fabuleuse mosaïque d’ethnies se rassemble chaque semaine dans une sorte d’immense corral, ou se retrouvent moutons, chèvres, vaches et chevaux. On palpe, on tâte, on pèse, on sous-pèse, on discute, on négocie, on marchande….Malgré les touristes très nombreux, nous prenons tout de même un vrai plaisir à observer ce spectacle qui semble immuable depuis des siècles…

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Avec Ferran, nous installons notre bivouac dans l’immense cour du Seman hôtel. Nous y sommes rejoints le lendemain par les Bodineau et le couple Néerlandais qui ont traversé la frontière un jour après nous. A nouveau les enfants sont heureux de pouvoir jouer avec leurs copains et les parents de pouvoir passer de bonnes soirées à refaire le monde. En bons franchouillards, les élections présidentielles françaises font l’objet de soirées animées !!


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Chan, un américain d’origine chinoise (il est né à Taiwan) nous fait découvrir un petit restau Ouighour extra qui devient très rapidement notre cantine attitrée. Autant nous étions restés très prudents jusqu’à présent sur les restaus, autant ici, nous en profitons largement. C’est délicieux, sain et très bon marché…C’est toujours un véritable amusement de se balader parmi les autres tables pour identifier les plats que nous souhaitons prendre. Nous testons également le petit dej sur le trottoir : beignés, dumplings, omelettes au fines herbes, lait de soja,…on est loin de la tartine beurrée à la confiture !!

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Chan m’aide également à trouver un garagiste chez qui je peux faire réparer le cardan de transmission avant. J’en profite également pour faire réparer le marche pied arrière qui a servi à plusieurs reprises de pare-chocs arrière !! Par contre, toujours impossible de faire équilibrer les roues avant. Cela attendra le Kirghizistan.


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La Chine est le premier pays de notre périple ou nous expérimentons une réelle difficulté de communication avec la population locale. Souvent, nous avons rencontré des personnes ne sachant pas parler un mot d’anglais mais il a toujours été possible d’exprimer qq. idées à l’aide des dix doigts de la main. Ici, nous sentons vraiment que nous ne sommes pas formatés de la même manière et nous restons souvent bredouille malgré toutes nos mimiques pour tenter de nous faire comprendre.


Autre sujet « d’incompréhension », le sans-gêne des chinois qui montent sans préavis dans Obelix pour se payer une petite visite gratuite (rien à voir avec les indiens qui témoignaient également d’une curiosité aigue). L’autre jour, c’est tout juste si un chinois n’a pas ouvert la porte de toilettes alors que Thibaud y était…Faut pas pousser, tout de même !!

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Samedi soir, nous partons avec les Bodineau faire qq grosses courses au supermarché. Les femmes partent avec les enfants vers les rayons nourriture. Avec Benoît et Thibaud, nous essayons de trouver des CD vierges. Aucun employé ne parle anglais et nous finissons par essayer de nous faire comprendre en mimant le « CD vierge ». Difficile de vous décrire la scène mais tout le monde était plié en 2 !! N’empêche que ça a marché !!


Ne voyant toujours pas nos femmes revenir, nous décidons, pour nous marrer, de lancer un avis de recherche au micro du supermarché. Il faut imaginer Benoît en plein délire au micro, les chinois levant ostensiblement la tête au son de cette langue inconnue… Nos femmes ont également bien rigolé à l’autre bout du magasin… J’immortalise toute la scène sur la camera vidéo. Malheureusement une fausse manœuvre me fera la perdre qq. minutes plus tard. Dommage.


En sortant, nous tombons sur un spectacle incroyable. Sur la place du centre commercial, des dizaines de couples chinois dansent une sorte de valse au son d’une musique nasillarde diffusée par haut parleur. De l’autre coté de la place, des centaines de femmes font de la gymnastique rythmique au son de la même musique. Les pauvres Ouighours regardent ce spectacle avec le même étonnement que nous...


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Les Bodineau nous quittent le Mardi 8 pour le Kirghizistan. Peut être les recroiserons nous sur la route…Dans l’attente de notre propre départ pour le Kirghizistan, nous décidons d’aller faire un tour du coté de la frontière avec la province du Tibet. Je voulais entre autre essayer d’atteindre la route traversant la partie contestée entre l’Inde et la Chine. Une sorte d’avant goût du Tibet sans être encore au Tibet. Malheureusement, la chance n’est pas avec nous : une tempête de sable se lève le jour du départ et empêche toute visibilité. Un vrai brouillard Londonien !! Apres 2 jours de route dans une poussière irrespirable, nous rentrons sur Kashgar. Nous sommes déçus de constater que même les petites bourgades que nous traversons sont toutes défigurées. Le rouleau compresseur chinois est également passé par là…


Cet après-midi, à notre grande surprise, la tele du Xinjiang nous demande un interview.…Ce soir, on va parler des Duduch dans les yourtes ouighours !!

 

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Voila, demain matin à l’aube, notre guide chinois viendra nous chercher (inch allah !!) pour nous accompagner jusqu’à la frontière chinoise du Tourougart Pass. Nous quittons le désert du Taklamakan pour les vertes montagnes du Kirghizistan. Le rêve continue…


A plus.

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07 mai 2007

Depuis Kashgar,...

Kashgar, 6-05-07

 

(J’ai commencé ce message il y plusieurs semaines mais la technologie de l’information n’étant (heureusement) pas encore arrivée sur la région du Kunjerab Pass, je ne l’envoie que de Kashgar)

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Démarrer l’écriture d’un nouveau message est toujours le plus difficile (le stress de la page blanche) mais aussi le moment le plus excitant. Ce voyage m’aura fait prendre conscience que je prends un réel plaisir à essayer de transmettre nos impressions, nos rencontres, nos galères. Malheureusement, tout le monde ne s’appelle pas Sylvain Tesson, Bernard Ollivier, Alexandre et Sonia Poussin ou autre écrivain voyageur…Généralement, dans les jours qui précèdent, je gribouille sur mon petit carnet qq. idées, histoire de soulager ma mémoire flanchante. Et puis quand la coupe commence à être bien remplie, je me lance…Le moment le plus propice est soit le matin tôt ou le soir tard, bref quand les enfants sont au lit, histoire d’avoir un peu de calme dans nos 6m2.


Bon je vous raconte tout cela car aujourd’hui, je suis vraiment sec pour attaquer mon message alors je vous bassine avec mes états d’âme, en guise d’intro…


Nous nous « arrachons » d’Islamabad, le lundi 9 avril dernier, pour nous lancer à l’assaut de cette fameuse Karakoram Highway (KKH) Arracher est vraiment le terme adéquat tellement, après ce long break si agréable à Islamabad, la perspective de retrouver les routes sinueuses et crevassées de la KKH nous pèse. Malgré notre excitation de découvrir (ou de retrouver pour moi) cette région extraordinaire et si accueillante où culminent 7 sommets à plus de 8000m d’altitude (dont le fameux K2), nous imaginons bien que cette traversée de la chaîne du Pamir ne va pas se faire sans qq. difficultés.


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Nous prenons la décision de dernière minute de rejoindre la vallée de la Swat par la KKH et le col de Shangla (au lieu de la route ouest) Apres 8 heures de route, nous arrivons à la nuit tombée à Besham. Nous sommes à proximité de la zone du terrible tremblement de terre qui a frappé le Pakistan en 2005 et les traces du séisme sont encore très visibles. Les agents de la Croix Rouge Internationale que nous rencontrons nous confirment qu’ils prévoient une assistance jusqu’en 2011.


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Sur la KKH avec le Naba Pargat derrière


Le lendemain, nous attaquons la route du col de Shangla et notre enthousiasme tourne vite court : la route est complètement défoncée. Nous parcourons 4/5 km et devant les souffrances de notre Obelix, nous devons nous résigner à faire demi-tour. La décision est dure à prendre car cela signifie que nous renonçons à visiter la Vallée de la Swat ou nous devions également retrouver Marcello. Mais la route est encore longue jusqu'à Breugny et nous devons préserver notre monture…En fait, c’est surtout le centre de gravité trop élevé d’Obelix qui le rend dangereux sur ce type de route montagneuse. Du coup, de retour à Besham, nous en profitons pour avancer sur le foutu CNED. Que voulez vous, il faut savoir tirer avantage de toute situation….


Direction donc Gilgit, à près de 300 km que nous parcourons en 11 heures. Apres Besham, la route devient plus accidentée et sinueuse. La végétation luxuriante des premiers plateaux laisse très vite place à un paysage plus minéral.


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Sur la route de Skardu


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La plaine de Skardu


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Je garde un souvenir mitigé de cette petite ville que j’avais du fuir sous les balles lors d’un premier passage en 1988. « Some tensions », comme ils disent ici, entre sunnites et shiites avaient fait tout de même qq. 250 morts…Aujourd’hui, Gilgit a explosé au niveau urbanistique et le petit aéroport, par exemple qui était à l’époque à l’extérieur de la ville, se retrouve maintenant en plein centre…


A l’entrée de Gilgit, un hélicoptère trône au milieu d’un rond point, avec comme plaque descriptive : « Indien destroyed helicopter ». Bonjour l’ambiance !! L’armée est en effet omniprésente à Gilgit, d’abord pour des raisons de proximité avec la frontière indienne et ensuite depuis 2004 où les « tensions » entre les communautés sunnites et shiites se sont à nouveau ravivées.


Nous installons notre bivouac dans le jardin du PTDC, la chaîne d’hôtels gérée par le gouvernement Pakistanais. Un lieu très agréable, calme et spacieux. En plus, le temps est très doux avec une petite brise bien chaude le soir…Nous en profitons pour boucler les CNED de Camille et Baptiste !! C’est fini pour eux !!! Dommage que l’alcool soit interdit, on aurait arrosé cela. Par contre, suite aux retards du CNED dans l’édition des cours du 2eme semestre, le pauvre Thibaud reste tout seul à étudier ses cours : c’est plus facile à gérer pour les parents mais plus dur pour Thibaud de voir les autres jouer maintenant. Décidemment…..


Nous apprenons lors de notre arrivée à Gilgit que nous venons juste de manquer la finale d’un tournoi important de polo. Les enfants (et les parents aussi) sont très déçus d’avoir loupé un tel spectacle. On essaiera bien les jours suivants de suivre un match d’entraînement mais sans succès.


A Gilgit, je dois à nouveau passer qq. temps sur la mécanique : les nids de poule ont eu raison du radiateur qui doit à nouveau passer sur le billard. Lors d’une manipulation pour intervertir les pneus avant et arrière, je casse un écrou de jante. Bigre, c’est le type de pièce de rechange que je n’avais pas vraiment prévue. Pas de problème, nous sommes au Pakistan où tout est (presque) possible !! Sur la partie filetée restée intacte, mes nouveaux camarades bricoleurs réussissent à coups successifs de soudures, à rajouter une bonne épaisseur de métal, puis à usiner la pièce !! On y a bien passé 4 heures, mais on était tous très fiers de nous à la fin…


Après 3 jours de repos, nous reprenons la route pour Skardu, dans le Baltistan. Nous avons beaucoup hésité pour réaliser ce voyage aller-retour car la route de Skardu est réputée spectaculaire mais également dangereuse. Mais le Baltistan, c’est une région splendide ou sont concentrés les plus beaux sommets du Pakistan…


Huit heures de route non stop pour 171 km !! Et il faut avoir le cœur bien accroché. Mais quel spectacle !! Imaginez, au milieu d’une vallée incroyablement encaissée avec parfois des à pic de plus de 200m au dessus de l’Indus, une route taillée dans la roche…La plupart du temps, la route est tellement étroite qu’on ne peut se croiser.


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Ca croise difficilement...


A chaque virage, il faut s’attendre à piler net pour éviter le véhicule venant en face. Les éboulements sont également assez fréquents et viennent obstruer la route...Les changements de rives se font à travers des étroits ponts suspendus en bois et qui ondulent au passage des véhicules (vitesse maxi obligatoire: 5km/h, un seul véhicule à la fois) On s’étonne soi-même lorsque, soudain, on passe la 3eme…Et en bas, l’Indus bouillonne de furie…


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Sur la route de Skardu


Mais la récompense est grande, lorsque à 20 km de Skardu, on arrive sur cette immense plaine désertique, perchée à 2200m d’altitude et entourée de sommets enneigés. Skardu a tellement changé depuis mon précèdent passage que je ne la reconnais plus.


Sans avoir eu même le temps de trouver le PTDC local pour notre bivouac du soir, nous apercevons depuis la rue principale, un match de polo en pleine action. « Un polo de cheval !!» comme dit Valentine. Allez, oubliés les 8 heures de route !! Ni une, ni deux, nous garons Obelix et filons vers le terrain de polo. Les enfants sont surexcités, nous aussi !! Mais à peine arrivés sur place, coup de sifflet, tous les spectateurs se lèvent, les cavaliers descendent de selle….Ouf, il ne s’agit que de la mi-temps !! Arrivés à hauteur des tribunes d’honneur (bon, le seul endroit où il y a qq. chaises bancales !), des officiels Pakistanais nous aperçoivent et nous invitent aussitôt à nous asseoir au premier rang. Royal, les Duduch !! J’ai même le privilège de donner le coup d’envoi de la 2eme mi-temps en lançant la balle au centre. A la fin du match, je fais remarquer à Claire qu’elle est la seule femme dans tout le stade…


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Les Duduch aux premières loges pour le match de Polo


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Après une bonne journée de repos bien mérité, nous poussons notre curiosité jusqu’au village de Sadpara. En fait, nous avions pensé monter jusqu’à Kaplu, petit village situé à plus de 100 km de Skardu, mais la prudence et surtout la fatigue nous ont fait revoir à la baisse le programme des festivités. Nous arrivons à Sadpara en pleine fleuraison des abricotiers, les couleurs sont splendides. Le lendemain, petite présentation de notre voyage à l’école du village puis bonne balade à pied en famille jusqu’au plateau de Deosai, histoire de nous dégourdir les jambes. On touchera même la neige et on verra nos premiers yaks !!


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Le village de Sadpara


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Première neige à Sadpara


La route du retour est tout aussi impressionnante et ….épuisante. Nous arrivons à Gilgit à la nuit tombante, avec une nouvelle crevaison. Ouf, j’ai juste le temps de m’arrêter devant un réparateur de pneu qui prend immédiatement les choses en main. Cela fera un démontage de pneu en moins à me payer !!


Nous retrouvons Gilgit avec beaucoup de plaisir. L’accueil ici est chaleureux (il faut avouer que notre Obelix ne passe pas inaperçu et que les familles étrangères se baladant avec 4 enfants ne font pas légion !) Nous commençons à avoir nos petites habitudes chez les differents commerçants. Le marchant de Chapatis est un réfugié Afghan (il y en a beaucoup à Gilgit) et je crois comprendre que le père de famille est un ancien officier de l’armée de Commandant Massoud. Le cyber café ne ménage pas son énergie pour obtenir (avec succès) une connexion sur le réseau, à partir de mon Lap Top. Le gérant de la boutique téléphonique où je passe un coup de fil, m’offre un jus d’abricots frais délicieux. L’agent principal de la poste centrale m’invite dans son bureau pour envoyer les courriers du CNED. Et à chaque fois, le thé nous est offert. A tel point que cela en devient pour nous un réel problème digestif !!


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Notre boulanger à Gilgit


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Vendredi 20 avril, nous reprenons la KKH pour la Hunza Valley. Etonnamment, l’état de la route n’est pas génial pour un axe commercial aussi stratégique que celui-ci. Les éboulements sont très fréquents et je peine à passer une coulée de neige qui a fortement endommagée la chaussée. A nouveau, vive le 4x4 !! Très vite, nous entrons dans la zone des Ismaéliens et nous percevons immédiatement un comportement très différent de la population : les hommes sont plus souriants mais surtout, il y a enfin des femmes dans la rue !! et en plus, elles ne sont pas systématiquement voilées…


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Sur la route d'Aliabad

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Nous installons notre bivouac pour 2 jours au camping d’Aliabad, près de Karimabad, avec une vue extraordinaire sur le Rakapuchi, 7725m d’altitude. Nous avons toujours beaucoup de chance avec le temps et c’est un vrai bonheur de pouvoir ouvrir au petit matin, depuis notre lit, un coté de notre duplex et admirer le levé du soleil sur ce splendide sommet.


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Coucher de soleil sur le Rakapoutchi


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Premiers rayons sur le Rakapoutchi


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Petit dèj devant le Rakapoutchi


Avant de reprendre la route en direction de la frontière, nous faisons un dernier plein de gaz pour notre fidèle bouteille que nous traînons depuis la France. A Islamabad, j’avais bricolé un adaptateur franco/pakistanais en faisant souder sur un écrou femelle français un écrou mal pakistanais. Le genre d’adaptateur pas vraiment homologué GDF mais bien utile dans ces contrées lointaines. J’espère ainsi que nous tiendrons jusqu’en Iran, où la recharge de gaz est facile.


Je profite également de notre arrêt à Aliabad pour faire un sérieux nettoyage du filtre à air. Depuis que nous avons pris de l’altitude, je sens la puissance du moteur sensiblement diminuer. J’espère que Obelix passera sans trop de problème le cap des 4800m du Kunjerab Pass. S’il le faut, je retirerai carrément le filtre à air.


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Sur la route de Passu


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A Passu, nous installons notre camp de base pour plusieurs jours au Shisper View Hôtel, le genre d’endroit où règne une ambiance qui nous rappelle celle du Silk Road Guest House de Yazd en Iran. Alors que nous n’avions rencontré quasiment aucun routard depuis Islamabad, nous retrouvons ici plusieurs d’entre eux, dont la plupart en attente comme nous de l’ouverture prochaine du Kunjerab Pass.


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Le village de Passu


Vous imaginez les longues soirées à partager sur nos expériences de voyage…

Pour la petite anecdote, voyant dés le premier soir, le délicieux dîner cuisinier par Sultan, le fils du patron de la Guest House, nous décidons de nous payer un petit extra pour le lendemain soir, 19h30 précise. Le lendemain 19h, pas de Sultan. 19h15, 19h30, toujours rien….Devant la tête paniquée du patron, nous décidons de prendre les choses en main. Ferran, un cycliste d’Andorre, part aux cuisines et les enfants Duduch mettent la table et font le service. Le dîner sera excellent et très convivial avec visiblement une main un peu moins épicée que d’habitude...


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Notre ami Ferran


Le lendemain de notre arrivée, une jeep s’arrête devant notre Guest House. C’est Bruno que nous avions rencontré qq jours auparavant à Karimabad, qui part faire une expédition en ski de randonnée. Et parmi les 4 français qui l’accompagnent, je retrouve Philippe Yvon, patron de la région Sud-est de Veolia Eau…Comme le monde (de Veolia) est petit !!!

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Avec Philippe Yvon de Véolia
 

Depuis que nous avons pris la décision de passer par le Pakistan (au lieu du Népal) pour entrer en Chine, je rêve de retourner à Shimshal pour y retrouver un ami pakistanais que j’avais connu très brièvement lors de mon premier passage en 1988…


Petit retour dans le temps : Je fais connaissance en 88 avec Yu
suf Khan alors que nous étions voisin de chambre dans un petit hôtel de Skardu. Apres de longs mois de service sur le terrain, Yusuf, à l’époque militaire de carrière, rentrait chez lui à Shimshal, petit village isolé du reste du monde, près de la frontière chinoise, à trois jours de marche de Passu. Yusuf m’invite à l’accompagner dans son village. Malheureusement, après une journée de marche, l’ami australien qui m’accompagnait alors se blesse au pied et nous devons abandonner notre projet d’atteindre Shimshal.


En 1996, un ami, guide dans les Pyrénées, organise une expédition sur Shimshal. Je me joins à eux en espérant pouvoir retrouver Yusuf. Malheureusement, celui-ci est à nouveau en service. J’apprends tout de même à cette occasion que mon Yusuf est un grand alpiniste, ayant participé à la 1ere expédition pakistanaise sur le K2…De cette deuxième tentative, je garde un souvenir fort de cette marche d’approche vers Shimshal, avec des sentiers perchés à flan de falaises et des traversées de rivière sur des tyroliennes…


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Thibaud et Baptiste sur le pont suspendu de Passu


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Baptiste sur le pond suspendu de Passu


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Les Duduch au complet


A Passu, nous apprenons qu’une « jeep road » relie depuis 2004 Shimshal à la KKH. Pas question pourtant de prendre Obelix, la route est trop dangereuse. Ce sera donc la Jeep qui fait quotidiennement la navette, enfin quand l’état de la route le permet (les éboulements étant assez fréquents). Mes descriptions de Shimshal étant si convaincantes que les 5 autres étrangers du Shisper View Guest House décident de nous y accompagner. Du coup, les 6 Duduch, les 5 autres étrangers, plus les 7 locaux, cela fait 18 personnes (dans une jeep de 12 places !!), coincés comme des sardines, qui prennent la route en milieu d’après midi, pour 3 heures absolument extraordinaires. Oubliez ma description de la route Skardu/Gilgit : de la bibine par rapport à cette piste, accrochée par je ne sais quel miracle aux falaises vertigineuses.


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Sur la route de Shimshal


Par moments, nous surplombons la rivière de plusieurs centaines de mètres. A deux reprises, nous devons descendre du véhicule pour déblayer la piste bloquée par des éboulis. Dans certains virages, la jeep a du mal à braquer, tellement la piste est étroite. Claire préfère fermer les yeux. Moi, je n’en mène pas tellement plus large. Thibaud, coincé au milieu des passagers, s’inquiète de ne pas pouvoir sortir à temps de la jeep si celle-ci venait à quitter la piste….Le silence est glacial chez les étrangers alors que nos amis pakistanais s’échangent les dernières nouvelles dans un brouhaha joyeux, comme si de rien était…


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No comment...


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Passage d'un pont suspendu

Vers 18 heures, éreintés, les jambes ankylosées, nous atteignons enfin Shimshal.


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Premières lumières sur Shimshal


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Cette fois-ci, les locaux me confirment que Yusuf est bien présent au village mais sa maison est à ½ heure de marche. La rencontre tant attendue sera donc pour demain. Pourtant, en plein dîner dans la toute récente Shimshal Guest House, on m’appelle à l’extérieur : c’est Yusuf qui est venu à ma rencontre, ayant été informé par le bouche à oreille de notre venue.


Quelle marque d’hospitalité !! Malgré les 19 années qui nous séparent depuis notre première rencontre, je reconnais immédiatement cette belle tête si fière et droite. Je rappelle à Yusuf notre rencontre de 88. Il se souvient (ou feint par politesse de se souvenir) de notre rencontre à Skardu et de la journée de marche vers Shimshal. L’accueil est chaleureux. Yusuf me propose immédiatement de venir loger chez lui, mais malgré son insistance, nous préférons ne pas nous imposer à 6. Nous convenons de dîner chez lui demain soir.


Le lendemain, nous partons à qq. uns faire une journée de marche vers le Shimshal Pass à plus de 4000m. Malheureusement, le temps n’est pas au beau et nous rentrons sous la pluie. Pendant cette journée, Dietmar, un ami allemand, Claire et les enfants sont restés se balader dans le village. A 3300m d’altitude, les arbres fruitiers sont en fleur et le spectacle est magnifique. Claire n’en revient pas de cet accueil de l’ensemble des villageois. Il faut dire que nous sommes les vraies vedettes ici, avec nos 4 enfants. Les Shimshalis n’avaient jamais vu cela !!


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Cherchez l'erreur...


Vers 18h, nous prenons le chemin de la maison de Yusuf.


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La maison de Yusuf


Tout le village est au courant du fameux dîner et les gens nous saluent tout le long du chemin qui nous mène chez Yusuf. Gol, le neveu de Yusuf, est venu nous chercher pour nous guider. Apres les présentations des 2 familles, Yusuf est fière de nous amener dans la « guest room ». Comme en Inde chez Léo sur la Yellagiri Hills, nous dînons seuls, tous les six devant Yusuf et Gol qui assure la traduction, les autres membres de la famille étant restés dans la maison. Nous apprenons que Yusuf a participé à 15 expéditions au dessus de 8000m, dont 3 jusqu’au sommet. Au court d’une expédition conjointe avec l’armée allemande, il a sympathisé avec un officier allemand qui est revenu à plusieurs reprises à Shimshal. Et événement important dans le village, le fils aîné de Yusuf vient de partir 5 mois en Allemagne pour y apprendre l’allemand. Peut être aurons l’occasion de le rencontrer à Paris lors de notre retour….

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Les enfants chez Yusuf


Le lendemain, restés seuls à Shimshal, nous passons la journée à flâner dans le village. Le soir, nous sommes invités à dîner par la famille de Motazar. L’atmosphère y est encore plus traditionnelle que la vieille. Nous dînons toujours seuls mais cette fois, toute la famille est présente autour de nous. Quel tableau…


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Pièce commune d'une maison de Shimshal


Nous sommes un peu inquiets concernant notre retour prévu pour le lendemain matin à 7h car la jeep qui devait arriver à 18h de Passu, n’est toujours pas arrivée. Heureusement, vers 23h, en quittant Motazar, nous apprenons que la jeep serait bien arrivée. Il est convenu que le cuisinier de la guest house ira dem

ain matin en se levant à 5h prévenir le chauffeur de passer nous prendre. Le lendemain matin, à 6h, je passe voir le cuisinier pour vérifier si tout est OK : il dort toujours….mais « no problem Mister »….Et de fait la jeep pointe enfin son nez vers 7h30. Le retour est nettement plus tranquille qu’à l’aller : nous ne sommes que 16 personnes au lieu de 18 dans la jeep…Qu’en au spectacle à l’extérieur de la jeep, il est toujours aussi grandiose.


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De retour à Passu, et à force d’admirer ces montagnes autour de nous, nous commençons à avoir des fourmis dans les jambes. Nous décidons donc de laisser les 2 filles dans le camion et de partir tenter le 1er 4000m (4120m exactement) des 2 garçons. Ce fut dur, surtout pour nous les vieux !! Mais mes amis, quel spectacle au sommet, avec vue sur 3 glaciers majeurs !!!


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Passu avec Obelix au point blanc en bas : pas dégueu la vue!


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Les hommes lors de notre petite grimpette


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Le glacier de Passu


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Au retour, nous retrouvons avec plaisir la famille Bodineau et leur 2 enfants que nous connaissons depuis qq mois via le net et que nous avions croisée rapidement à Islamabad. Les enfants sont heureux de retrouver des copains. Les parents aussi !! et la journée du lendemain est passée à refaire le monde…


Lundi 30 avril, il nous faut quitter toute la troupe d’amis (pakistanais et étrangers) que nous avons à Passu. Au moment du départ, le propriétaire du seul petit bouiboui de Passu offre même des pierres aux enfants…

La frontière ouvre le 1er mai et nous avons rendez vous le même jour à Tashkurgan, en Chine, avec l’agence chinoise qui doit nous permettre de faire passer Obelix. La Chine est en effet le seul pays à ma connaissance oû l’importation temporaire de véhicules étrangers doit se faire via des agences agréées. En fait, une véritable escroquerie !! Le choix de notre agence sait fait sur un critère très simple : c’était la seule qui acceptait de ne pas nous imposer en permanence un guide. A 6 dans 6m², nous affichons déjà complet !! Tellement seule cette agence, qu’aucun autre overlander n’a entendu parler d’elle !! Le suspens restera donc entier jusqu’à la frontière chinoise. Pour info, pour les autres overlanders, cela nous a tout de même coûté la bagatelle de 700 euros !! (aux dernières nouvelles, les prix sont à la baisse et une récente transaction se serait faite la semaine dernière pour 350 euros)


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Sur la route de Sost

Arrivés la veille au soir à Sost, poste frontière Pakistanais, nous nous présentons donc le matin du 1er mai avec des visas expirés depuis la veille. Profil bas les Duduch…En fait, nous constatons à notre dépend qu’il ne faut jamais traverser une frontière le 1er jour de sa réouverture…Quel bordel !!! A l’heure d’ouverture des bureaux, les douaniers étaient encore à Gilgit, à 3 heures de route !! Une fois sur place, il a fallu trouver une table, des chaises…On a re-ouvert le livre des registres, on a perdu encore 5mn pour trouver les bons tampons. Il a fallu tracer des colonnes sur une nouvelle page blanche….(pour l’anecdote, la famille Duchateau a fait l’ouverture de la campagne 2007 !!) Onze heures, nous avons RDV dans 4 heures à Tashkurgan et nous avons 5 heures de route…L’ambiance est chaude dans Obelix !!


Obelix met donc les bouchers doubles pour grimper les qq 1800m qui nous séparent du Kunjerab Pass. La route n’est pas en très bon état et il nous faut à plusieurs reprises éviter les éboulements sur la chaussée. Soudain, à mi parcours, je ne vois pas un dos d’âne et c’est le vol plané…la reception est terrible. J’immobilise Obelix pour une inspection : la cardan de transmission avant s’est déboîté. Aussitôt, tout le monde est sur le pont, la caisse à outil est sortie, j’enfile mes habits de bricolage, les enfants étalent les clés au sol…Le cardan est démonté en moins de 20mn. Les mains encore pleines de cambouis, nous reprenons la route vers le Kunjerab Pass. L’heure tourne et notre retard s’accentue.


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Sur la route du Kunjerab Pass : tout le monde sur le pont


Au Kunjerab Pass, à 4800m d’altitude, nous faisons un petit break pour immortaliser ce moment tant rêvé. Le temps est beau, légèrement nuageux. Nous sommes seuls au milieu de cet immensité desolée. Qq yaks au loin, paissent dans des prairies bien maigres, encore partiellement recouvertes de neige. Obelix reprend son souffle. Contrairement à mes craintes, il a grimpé les dernières centaines de mètres comme un chef.


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Au Kunjerab Pass à 4800 mètres


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Un pied au Pakistan, un pied en Chine


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Comme si les chinois voulaient souligner leur différence par rapport aux Pakistanais, la route, coté chinois, dés la ligne de partage des frontières, est un véritable boulevard !! 500m après le col, coté Chinois, le 1er check point. C’est l’occasion de vérifier si notre agence chinoise nous a dit vrai sur le nouvel emplacement du poste frontière, aujourd’hui basé à Tashkurgan, à plus de 135km du Kunjerab Pass. Tout de suite la rigueur et la discipline chinoise nous impressionne et nous fait même rire. Quel contraste avec le Pakistan que nous avons quitté le matin même !!! Les soldats ont l’air de véritables automates dans leurs gestes et déplacements. Apres une rapide inspection des passeports (05RE80872, 04RE54165, 05FE….), et des visas, nous filons (c’est vraiment le terme) vers Tashkurgan sur une route toujours nickel (Quel changement depuis 1988 ou j’avais alors empreinté ma premiere piste en tôle ondulée) Deux km plus loin, nous croisons un premier véhicule et nous évitons de peu l’accident : j’avais oublié qu’en Chine, il faut rouler à droite. Apres plus de 5 mois de conduite à gauche, ça fait tout drôle !!


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De larges plaines arides s’ouvrent à nous tout au long de cette descente vers Tashkurgan. Obelix se paye qq pointes à plus de 100km/h. Malheureusement, il n’apprécie pas trop de s’être fait amputé d’un cardan et la direction a des tremblements qq. peu inquiétants. Encore des petits révisions en perspective pour Kashgar…


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20h30, heure de Pékin (l’ensemble de la Chine fonctionne sous l’heure de Pékin), nous arrivons enfin au poste frontière de Tashkurgan avec plus de 2h30 de retard, en même temps que le bus assurant la ligne Sost-Tashkurgan. Un véritable escadron de douaniers nous accueille, mais pas de guide à l’horizon. Le premier contact est un peu « froid ». Nous devons remplir multes formulaires, passer devant une machine qui détecte automatiquement notre température, abandonner tous nos légumes frais,…..Toujours pas de nouvelle du guide….Ce qui frappe immédiatement, c’est la discipline chinoise : 2 douaniers enregistrent les passeports sur ordinateurs. Leur travail est supervisé par un autre douanier. Puis les passeports sont transmis à 2 autres douaniers qui vérifient le travail des premiers collègues.


Soudain, Thibaud me prévient qu’il vient d’entendre un chinois demander Mr Vincent. C’est notre guide qui vient à notre rencontre. Il était temps car un des douaniers vient de nous annoncer qu’il faut descendre toutes nos affaires personnelles du camion pour les faire passer dans la machine à rayons X. Autant faire directement passer Obelix dans la machine !! Apres lui avoir expliqué qu’il y en a peut être pour 2 à 3 heures, nous finissons par le convaincre de venir inspecter lui-meme l’intérieur du camion. Nous avions entendu qq. histoires d’inspection au peigne fin avec des DVD détruits et multes objets confisqués. Nous avions du coup pris qq précautions totalement inefficaces en cachant les DVD sous le lit des enfants, le téléphone satellitaire dans une cloison,….Finalement, l’inspection ne durera que qq secondes et après avoir payé le reliquat à notre guide, nous sortons de la douane, bien contents d’avoir enfin accomplis cette étape qui nous aura pris la tête depuis de longs mois.


Je passe rapidement sur Tashkurgan qui fait un peu ville du Far West avec ses horribles bâtiments et ses avenues rectilignes…


Le lendemain, nous reprenons la route pour le Lac de Karakol. Depuis Sost, nous faisons route avec Ferran, le cycliste d’Andorre en route pour le Tibet. Nous nous retrouvons avec plaisir à chaque étape et le croisons également souvent sur la route. A chaque retrouvailles, les enfants s’exclament : C’est Ferran !


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Ferran, prêt à partir

A Karakol, j’avais souvenir d’un grand lac bleu argenté entouré de larges plaines verdoyantes au pied du Muztagh Ata (7546m) Un décor exceptionnel. Il faudra que je vérifie sur mes photos de l’époque mais les plaines verdoyantes ont aujourd’hui laissé place à une terre aride et sèche. La superficie du lac a également fortement diminué. Et pour boucler le tableau, des tourist resorts ont été construits le long du lac….La déception est forte. Histoire d’enfoncer le clou, nous tombons sur l’une des très rares semaines de vacances pour les chinois (semaine du 1er mai) Nous sommes très impressionnés par le nombre de 4X4 ultra modernes que nous croisons sur la route…


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Obelix au pied du Muztagh Ata


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Au pied du Muztagh Ata


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Notre famille à Karakol


Après qq difficultés pour échapper à l’oppression des rabatteurs, nous trouvons un bivouac dans un petit village où une famille Kirghizi nous accueille dans sa maison. Ferran dormira avec la famille dans la pièce commune. Le lever du soleil au pied du Muztagh Ata sera splendide.


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Premières lueurs sur le Muztagh Ata


Nous passons la matinée à tenter qq incursions sur des pistes à l’écart de la KKH mais nous sommes à chaque fois refouler par la population avec l’ordre de nous adresser à la police locale (enfin c’est ce qu’on arrive à comprendre...) Visiblement, des instructions ont été clairement données. Il faut dire que nous ne sommes qu’à 8/10km de la frontière avec le Tadjikistan.


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Les Duduch au premier check-point chinois


Vers 13h, un peu désabusés, nous décidons de filer pour Kashgar. Une tempête de sable a du se lever sur le désert du Tamlatakan. Nous pouvons à peine distinguer le haut des parois rocheuses des gorges de Ghez. Quel dommage…

Nous entrons dans Kashgar en début de soirée….Kashgar, ville clé de la route de la soie, oasis au milieu du désert, Kashgar et son fabuleux marché du Dimanche…..


Mais il se fait tard ce soir et vos yeux fatiguent…Je vous raconterai donc notre rencontre avec cette ville dans notre prochain message avec Segogo ou Sarko comme nouveau Président. Vive la France !!


A bientôt

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22 avril 2007

Patience, patience....

Juste un petit message pour vous dire que nous quittons la Karimabad, dans la Hunza, pour le nord où les connexions internet ne sont plus possibles.

Tout va bien.

Donc, pas d'inquietude si vous n'entendez plus parler de nous pendant qq semaines...

Salut à tous.

Posté par duchateau à 10:33 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

12 avril 2007

Ah Peshawar...

Islamabad, 07-04-07


Voila maintenant plus de 15 jours que nous sommes à Islamabad, beaucoup plus que ce que nous avions prévu, mais j’avoue que ce gros break aura fait du bien à tout le monde, et en particulier à Obelix.

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Grâce à Matthieu, je prends contact via le chauffeur de l’Alliance avec Khaled, un « garagiste », enfin un gars astucieux qui a pour seul matériel, sa boite à outils (et encore, heureusement que j’avais la mienne en support !!). En fait, dans ce type de pays, le plus important n’est pas forcement de trouver le garagiste le mieux équipé mais celui qui est le moins bricolo et qui fera le moins de bêtises sur votre véhicule (d’autant plus quand ce véhicule comme le Renault B90, est totalement inconnu de tous ici)


Jeudi 29 mars, 9h30 pour être précis, je me pointe donc avec mon Obelix à Libra Market, dans G7 (tous les quartiers d’Islamabad sont désignés par un code alphanumérique : pas très romantique mais extrêmement pratique !!)…Il faut que je prenne quelques lignes pour essayer de vous décrire cet incroyable lieu. Imaginez une aire d’environ 1 hectare ou s’entassent des centaines de garagistes « à la Khaled » travaillant à même le trottoir et autant de magasins de pièces de rechange situés juste derrière ces mêmes trottoirs. C’est pratique, il suffit presque de tendre le bras ou de gueuler un bon coup sa commande pour disposer d’une nouvelle pièce !!


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Mes copains mécaniciens


Tout ce beau monde fonctionne dans une sorte de coopérative où on se passe des coups de main quand nécessaire, on partage les outils ce qui peut également présenter de temps en temps quelques inconvénients quand vous êtes dans une situation délicate, en plein démontage de votre pompe à eau et qu’il faut attendre 20mn pour que la clé de 18 revienne. Mais c’est vrai qu’ici, on n’a pas la même notion du temps…
On donne des conseils techniques (c’est comme cela que j’ai pu avoir confirmation que j’étais tombé sur un bon numéro, vu le nombre de fois ou mon Khaled est parti donner son avis, pendant que je poirotais, allongé sous le camion) Et puis, c’est comme en médecine, il y a les généralistes et les spécialistes : il y a le réparateur de radiateurs, le soudeur de pièces en plastiques, le « courbeur » de lames de ressort (très sollicité celui-là, vu comment les véhicules sont surchargés !!), le soudeur tout matériau (acier, fonte grise, fonte d’aluminium,..), le fraiseur/tourneur qui vous refait n’importe quelle pièce en un rien de temps, le carrossier...


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Et tout ce beau monde attend tranquillement le client, assis sur le trottoir à siroter un thé. Un spectacle extraordinaire où je prends un réel plaisir à observer, écouter, discuter…Il faut dire qu’Obelix jure un peu dans cet immense parc automobile et les curieux ne manquent pas pour venir me poser moultes questions.


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Au Pakistan, tout est possible

 

Le programme des travaux est chargé : il faut faire la vidange moteur, réparer le moteur du ventilateur, refixer le réservoir de diesel, changer et renforcer les amortisseurs, réparer la pompe à eau sur laquelle vient se fixer le tendeur de la courroie d’alternateur, ressouder le pare buffle, « recourber » les lames de ressort (nous avions depuis le départ un léger devers sur le coté gauche), mais surtout ressouder l’attache des lames de ressort avant gauche, probablement arrachée dans les derniers nids de poule près d’Amritsar…


Comme vous pouvez le constater, Obelix à beaucoup souffert sur les routes indiennes. J’avoue que je commençais même à douter de ses capacités à nous faire traverser les montagnes du Pamir et à nous ramener sans trop de problème dans notre Nièvre d’adoption. Mais je vous rassure, à l’heure ou j’écris ces qq. lignes, il a retrouvé une santé de jeune fourgon sortant tout juste des lignes de montage de Renault Flin !!!


Libra Market étant surtout spécialisé dans la réparation de véhicules légers, Khaled me propose d’emmener Obelix dans un centre spécialisé pour poids lourds pour tout ce qui concerne les lames de ressort. Là, pas vraiment rassuré le Duch. Le lieu ressemble plus à une immense ferraille ou des centaines de camions de tous ages, viennent retrouver une 2eme vie (voire beaucoup plus pour certains !!) Ils n’ont peur de rien ici, et vous refont un camion neuf (en apparence) en partant d’un pont neuf. J’en profite également pour admirer le travail de menuiserie nécessaire à la fabrication des cellules de conduite (en Europe, les châssis sont livrés avec la cellule de conduite. Ici, c’est au proprio de réaliser cet ensemble avec une décoration des plus extravagante) Et ces gueules qui vous dévisagent… Mais comme souvent au Pakistan, l’accueil est vrai et sincère et après les premières heures de travail, je craque et sors appareil photo et camera.


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Après 4 jours de travail à plein temps (pendant lesquels Claire et les enfants sont très gentiment accueillis chez Matthieu et Sahara), dont 2 passés au milieu des poids lourds, je retrouve avec plaisir mon Obelix en pleine forme.


Nous profitons des temps d’attente pour les visas pour aller passer qq jours à Peshawar, au bord de la frontière avec l’Afghanistan. Difficile de vous décrire cette ville envahie de réfugiés afghans, crasseuse, poussiéreuse, aux anciennes façades en bois magnifiquement sculptées mais qui aujourd’hui tombent en ruine et qui vit de trafics en tout genre.


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De belles demeures tombant en ruines


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Le salon de Thé à la pakistanaise


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Dans la vieille ville de Peshawar


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Dans la vieille ville de Peshawar


Cependant, nous tombons sous le charme de cette ville !!Dans la rue, des gueules, des vraies !! nous dévisagent sans toutefois être agressives, bien au contraire. Nous ressentons un sentiment très étrange de sécurité tout en étant bien conscients que tout peut exploser à n’importe quel moment. Et nous n’attendons pas très longtemps pour en vivre l’expérience.


Alors que nous roulons sur la route principale de Peshawar en direction du fameux Khyber Pass, à la recherche d’un lieu de bivouac pour le soir, nous tombons sur un rassemblement très impressionnant de centaines de camions, remplis à rabord de meubles et d’affaires en tout genre. Des milliers d’hommes sont là, debout, perchés sur leur camion. Ce sont des réfugiés afghans qui s’apprêtent à rentrer au pays. Dix mn plus tard, notre recherche de bivouac s’étant avérée infructueuse, nous faisons demi-tour et nous nous dirigeons donc à nouveau vers le camp de réfugiés. La circulation s’est fortement ralentie et nous roulons au pas. Soudain, nous comprenons la situation : qq. centaines de réfugiés caillassent les véhicules lors de leur passage au niveau du campement. Deux voitures arrivant à contre sens sont prises à partie. Toutes les vitres explosent. Les voitures se rentrent dedans puis prennent le large. De notre coté, c’est rapidement la panique dans le camion. Nous entendons les cailloux pleuvoir sur la carrosserie. Je crains surtout pour le pare-brise !! Heureusement, il reste un camion devant nous qui nous protége tant bien que mal. Des Pakistanais nous font des grands signes pour foutre le camp au plus vite. Derrière nous, les autres véhicules ont compris la situation et commencent à reculer. Des coups de feu éclatent. Claire hurle aux enfants de se coucher dans l’allée centrale du camion. J’arrive enfin à dégager Obelix et au milieu d’un demi-tour (en empruntant un tronçon de voie ferrée – merci encore Obelix pour ta souplesse), un soldat ouvre le feu juste devant nous pour éloigner les manifestants qui continuent à nous caillasser…..Je peux vous raconter cette belle frayeur dans les moindres détails car juste avant d’arriver à hauteur du campement, j’avais allumé la camera sur son support fixe (merci encore Jean Luc). Le cadrage n’est pas génial mais par contre la bande-son nous laissera qq. bons souvenirs !!

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Préparation du thé


Le samedi, nous flânons qq. heures dans Saddar Bazar…un vrai bonheur. Je passe rapidement sur les qq secondes de panique quand nous réalisons que Camille n’est plus avec nous…Le dimanche soir, nous retrouvons  Matthieu et Laurence de Lahore qui sont venus également passer un WE avec les parents de Matthieu. A Peshawar, les touristes de passage voyageant en camion avec leurs 4 enfants ne font pas légion et Matthieu, grâce à ses nombreux contacts dans cette ville (il a dirigé l’Alliance française de Peshawar avant d’aller sur Lahore) m’apprend que notre passage court déjà les rues de Peshawar…


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Les Duduch dans Saddar Bazar, à Peshawar


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Lundi après midi, après avoir déjà pas mal flâné dans la vieille ville la matinée, je rentre au camion avec les enfants et laisse Claire et Laurence finir qq. achats. Laurence a prévu de  reprendre le bus pour Islamabad vers 20h et nous nous donnons RDV au camion vers 18h. 19h, toujours personne. Je commence à avoir l’habitude avec Claire mais à Peshawar, il fait déjà nuit noire, et malgré mon « sentiment de sécurité » mentionné ci-dessus, on ne peut pas dire que les rues ici soient les plus sures du Pakistan….J’essaie le portable de Laurence : pas de connexion. J’essaie peut être 20 fois : toujours rien. Vers 19h45, la tension monte franchement d’un cran : le téléphone de Laurence sonne bien mais toujours personne qui décroche….Je vous raconte pas le film que je me suis fait : je voyais déjà nos femmes kidnappées. A 20h, toujours sans réponse de Laurence, je contacte le gérant de l’Hôtel (devant lequel nous sommes garés) pour appeler la police et lancer les recherches…

20h05 : Laurence répond enfin au téléphone….Ouuuuuuffffffffff. Ces dames étaient simplement en train de finaliser une petite nego avec un marchant !! J’te jure !! Ce soir là, je m’endors comme une pierre !!


Mardi matin, nous prenons la route pour le Khyber Pass, col mythique, frontière du sous-continent indien avec l’ouest.

Le Khyber Pass !! Ce nom me fait rêver depuis des années et même si Claire et les enfants se font un peu tirer l’oreille, je ne résiste pas à l’envie d’embarquer tout le monde pour ce petit trip en zone tribale. Auparavant, nous devons obtenir une autorisation du bureau des affaires tribales (pour s’assurer que la route est calme en ce moment) et embarquer un garde armé qui doit assurer notre sécurité pendant le trajet. Bien sur tout se passe bien... Le relief des montagnes nous permet de mieux comprendre pourquoi les anglais ont perdu tant d’hommes dans ces montagnes si hostiles mais si stratégiques.


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Les Duduch au Khyber Pass

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Les Duduch devant la frontière afghane


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Notre ange gardien pour le Khyber Pass


Avant de reprendre la route pour Islamabad, nous passons dire un petit bonjour à Nazir, le secrétaire de l’Alliance française de Peshawar, qui tient la boutique tant bien que mal depuis de nombreuses années. A peine arrivés, les enfants se précipitent dans la bibliothèque pour lire qq. BD. Très gentiment, Nazir leur permettra d’en emporter qq exemplaires. Merci Nazir pour eux.


Mercredi matin, de retour à Islamabad, le programme est à nouveau chargé au niveau des ambassades : après avoir récupéré nos visas chinois, je file à l’autre bout de la ville pour l’ambassade d’Ouzbékistan et arrive à l’ambassade du Turkménistan 5 mn avant la fermeture pour tenter d’obtenir une lettre d’invitation, obligatoire pour notre visa de transit. Notre marathon pour tous nos visas prend enfin fin (il ne reste plus qu’un léger doute sur le visa Turkmene)


Je profite également de notre retour sur Islamabad pour rencontrer les représentants de Veolia sur le Pakistan (OTV, filiale de Veolia, construit actuellement la nouvelle usine de dépollution d’Islamabad) Accueil toujours aussi chaleureux et sympathique.


Et puis le soir, Matthieu et Sarah organisent un petit appero chez eux pour nous faire rencontrer Georges et Babeth…A la base anthropologue spécialiste des Kalashs, peuple du nord du Pakistan, Georges est devenu expert politique sur le Pakistan pour le compte de la CEE. Une vraie mine d’info mais surtout tellement passionnant et chaleureux. Ils ont également bourlingué en Asie Centrale avec un fourgon dans les années 70/80 et le courant passe évidemment immédiatement. Avec Babeth, nous achetons enfin notre Charpoy, ce lit tressé tellement typique du sous-continent. On ne sait pas trop bien pour l’instant comment il rejoindra un jour Breugny mais Inch Allah !! Nous passons également le dimanche de Pâques en leur compagnie. Merci à vous deux pour ces si bons moments.


Tiens, au fait, vous étiez au 8 avril dernier, 10 000 visiteurs à avoir visité depuis septembre 2006, notre blog de voyage…on se sent moins seuls !!


Voila, demain nous reprenons enfin la route pour la Swat Valley, et espérons retrouver en chemin notre ami italien Marcello que nous avions rencontré en Iran. Du bon temps en perspective...


Salut

 

PS : Lionel, l’administrateur dévoué de notre Blog, m’informe que vous pouvez désormais retrouver l'ensemble des photos sur voyage sur http://picasaweb.google.com/unperipleenfamille.

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